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L’arme secrète contre la peur

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La peur fait partie de la condition humaine. Mais la foi en est l’antidote.

Je travaillais à San Francisco dans une start-up qui marchait bien quand la bulle immobilière a éclaté. Les États-Unis sont alors entrés dans une phase de récession sévère. Je ne sais pas si ces jours de peur sont restés gravés dans les mémoires autant que dans la mienne. Rien que le fait de travailler dans une grande ville m’a donné un aperçu de l’angoisse qui s’est alors diffusée dans le pays.

Quand le marché boursier s’est effondré à vitesse grand V, certains de mes collègues se sont mis à consulter leurs portefeuilles de retraite de manière compulsive. Tous les jours, en me rendant au travail, je voyais les gens marcher plus vite, la tête baissée, parlant à voix basse au téléphone. Tout le monde avait l’air d’avoir peur tout le temps.

Bien que je sois jeune et encore loin de la retraite, j’étais perméable à la peur qui régnait. Je me souviens d’un jour où j’avais appelé ma mère depuis le bureau pour lui demander, en plaisantant à moitié, si ma famille pouvait s’en sortir en cultivant la terre si jamais il se passait vraiment quelque chose de terrible. (Elle m’avait répondu qu’en mettant nos talents en commun, on pourrait s’en sortir. Les grandes familles sont géniales !)

Bien sûr, l’Amérique est le pays le plus riche du monde et nous sommes privilégiés à plus d’un titre, récession ou pas. Mais une fois que la panique s’installe… Partout dans le monde, les gens ressentent la panique pour des raisons diverses, mais nous avons tous en commun l’expérience universelle de la peur.

Dans son célèbre essai philosophique Crainte et tremblement, Søren Kierkegaard fait une distinction entre ce qu’il perçoit comme deux mouvements de la foi. Dans le tableau qu’il dépeint pour ses lecteurs, le premier mouvement vers la foi est décrit comme un chevalier qui ne peut épouser la princesse qu’il aime. Ce « chevalier de la résignation » accepte la douleur de ne pas être avec la personne qu’il aime, mais il croit que dans l’éternité, tout lui sera rendu.

Bien que Kierkegaard ait de l’admiration pour ce chevalier, il soutient que la véritable foi tient plus de celle d’Abraham dans l’Écriture. Tout comme le chevalier de la résignation, Abraham est prêt à sacrifier son fils Isaac car Dieu le lui demande. Il sait qu’il est impossible de faire la volonté de Dieu sans renoncer à Isaac. Mais malgré cette réalité, Abraham continue de croire qu’il retrouvera son fils dans cette vie. C’est cette croyance insensée que Kierkegaard considère comme étant la véritable foi. Il appelle Abraham, notre père dans la foi, un « chevalier de la foi ».

Avec Dieu, tout est possible 

Évidemment, cet ouvrage contient de nombreuses subtilités qui ne peuvent être commentées dans un article de moins de 1 000 mots. Mais l’argumentation de Kierkegaard en faveur de la nature radicale et paradoxale de la foi met à jour le puissant antidote des chrétiens contre la peur.

Très souvent, la peur a des fondements valables. Il nous arrive d’exagérer nos craintes, mais il y a de vraies raisons, souvent très rationnelles, d’avoir peur. Et effectivement, nous sommes perpétuellement effrayés. La peur fait partie de la condition humaine. Ce n’est pas un hasard si l’Écriture répète régulièrement : « N’ayez pas peur ».

Il y a beaucoup de choses à craindre dans le monde.

Mais la foi est l’antidote à la peur.

La foi n’est pas quelque chose d’irrationnel. Elle ne nous dit pas : « Tout va bien se passer quoi qu’il arrive ». Non, la foi regarde le monde et opère le mouvement de résignation, reconnaissant qu’il est parfois impossible que les choses aient une issue positive. La personne qui a la foi perçoit cette logique, cette impossibilité, et accepte la souffrance qui en découle. Une personne qui a la foi n’est pas naïve. Elle ne voit pas le monde à travers des lunettes toutes roses. Au contraire, elle voit la réalité et l’accepte, en sachant que Dieu est à la manœuvre.

Mais Kierkegaard souligne à juste titre que la foi ne s’arrête pas là. La foi voit ce qui est possible dans cette vie, et continue de croire en l’impossible. Marchant dans les pas de notre père dans la foi Abraham, une personne qui a la foi croit que tout ira bien dans cette vie, et pas seulement dans la suivante. Une personne qui a la foi et qui connaît un Dieu puissant et aimant croit de tout son cœur que notre Dieu est un Dieu de l’impossible. Jésus lui-même nous a dit : « Ce qui est impossible pour les hommes est possible pour Dieu. » (Lc 18, 27) C’est pourquoi nous vivons dans un monde différent d’autres qui ont de la peine car « [ils] n’ont pas d’espérance » (1 Th 4, 13).

Nous savons qu’avec Dieu, tout est possible.

Au milieu de la tourmente, quand la peur règne, la foi croit en l’impossible.

La foi croit en ce qui est insensé.

Car nous connaissons Dieu.

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