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Le mot de la semaine : « délit d’entrave »

© BrittKnee
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L'État est-il vraiment impartial dans sa communication sur l'avortement ?

Jeudi dernier, les députés français ont voté la proposition de loi élargissant le délit d’entrave à l’avortement, afin de pénaliser les « sites de désinformation sur internet ». Le texte a été adopté grâce au soutien des députés de la gauche et du centre – François Fillon, grand défenseur des valeurs et des libertés individuelles, avait mieux à faire ce jour-là, aussi a-t-il préféré ne pas assister au vote. Il s’agit de punir les informations qui, sous couvert de neutralité, insistent sur le caractère négatif, douloureux, difficile… bref, dissuasif de l’avortement. Officiellement, donc, l’objectif de la loi est de garantir la neutralité de l’information.

L’État n’a rien d’impartial

Pourtant, quiconque a déjà tenu entre les mains une brochure du Planning familial relative à ces questions sait que l’État lui-même n’a rien d’impartial dans sa communication en la matière, puisque ce sont précisément les aspects difficiles, douloureux et négatifs de l’avortement qui y sont systématiquement occultés, afin de « ne pas influencer les femmes dans leur décision ». Pourquoi une femme serait-elle d’emblée influençable ? Pourquoi ne le serait-elle que par les arguments qui l’inciteraient à garder son enfant, et pas à ceux qui cherchent à l’en dissuader ?

Les défenseurs acharnés de l’avortement en ont fait un quasi-principe, et sont presque devenus incapables de reconnaître ce que les premières féministes affirmaient pourtant elles-mêmes : l’avortement est toujours un choix dramatique. Certains ont l’honnêteté de le dire, Simone Veil la première : l’avortement est un dernier recours, il ne possède rien que l’on puisse qualifier de « positif ». Dans ce cas, en taire les aspects négatifs ne relève-t-il pas du mensonge pur et simple ? Minimiser la douleur et la difficulté d’un drame pour « ne pas dissuader », n’est-ce pas encourager le drame, ou du moins se désarmer face à lui ?

Le délit d’entrave, un outil idéologique 

Si le but de l’État est de garantir la neutralité de l’information relative à l’avortement, alors les députés auraient voté avec enthousiasme une loi imposant la mention systématique des aspects négatifs indissociables de celui-ci. En réalité, le délit d’entrave est bel et bien un outil idéologique qui vise à restreindre les opinions divergentes. Le débat ne se situe donc pas sur le terrain de l’avortement, mais sur celui de la liberté d’expression. Il ne s’agit même pas de l’opposition entre « pour » et « contre », mais du droit à faire entendre une autre conception du monde.

Comme d’ordinaire, sur ce genre de questions, les arguments rationnels ont fini par abdiquer face aux procès d’intention. Toute critique a aussitôt été accusée d’être le fruit d’une pensée fondamentalement réactionnaire. Pourtant, tous les opposants à la loi n’ont pas leur carte au Front national. Le journal Charlie Hebdo, sous la plume de Guillaume Erner, est intervenu pour s’y opposer :« Nos arguments sont-ils si faibles que nous ayons besoin d’interdire ceux de nos adversaires ? » On devine, derrière la question rhétorique, une véritable interrogation.

Relire le discours de Simone Veil à l’Assemblée nationale de 1974

Quant à ceux qui croient excessif d’évoquer une menace de la liberté d’opinion, qu’ils relisent le discours de Simone Veil en 1974 devant l’Assemblée nationale, défendant la dépénalisation de l’avortement. « Cette loi ne crée aucun droit à l’avortement » affirmait-elle alors (de bonne foi, supposerons-nous). Ceux qui prétendaient que la« dépénalisation » aboutirait fatalement à un « droit » étaient traités de paranoïaques. Jamais un tel droit n’existera, répétait-on alors du côté des pro-IVG. Quarante ans plus tard, non seulement ce droit existe, mais il sera bientôt illégal de le critiquer…


Lire aussi : Pourquoi l’avortement est-il devenu un « dogme » ?


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