La Critique

Quand le cauchemar prend vie

Le dernier livre de Laurent Obertone, "Guérilla", oscille entre douche froide et mauvais rêve pour le lecteur néophyte.

En tête des ventes, malgré une mauvaise presse, lorsqu’elle n’est pas absente, le nouvel ouvrage de Laurent Obertone, Guérilla, publié aux éditions du Ring, oscille entre douche froide et mauvais rêve pour le lecteur néophyte, peu renseigné sur les violences d’une France qui vit en marge des projecteurs.

Si Laurent Obertone a mauvaise presse, c’est qu’il ne ménage pas ses lecteurs. C’est aussi qu’il tente de lutter contre l’aveuglement, devenu vertu obligatoire à nos chères élites.

La France s’embrase, nul besoin d’un roman pour nous le faire comprendre. Mais l’auteur va plus loin. Il documente, à l’heure près, le basculement de notre vielle nation dans un chaos semblant irréversible. Le Camp des saints (1973), de Jean Raspail, avait déjà prophétisé les violences à venir d’une population affluant aux frontières de la Gaule, impuissante, défaite, ayant signé son arrêt de mort.

Pas de place pour l’espoir donc. Après Soumission de Michel Houellebecq, après 2084 de Boualem Sansal, les héritiers de George Orwell ont le vent en poupe. Serait-ce car ils ont raison ? Car ils percent l’abcès, car ils mettent des mots sur les craintes d’un pays qui ne se connaît plus lui-même ?

« Si le monde tourne mal, c’est la faute au salafisme ». Le raccourci ne vaut pas grand chose. Et Laurent Obertone ne tombe pas dans ce travers stérile. Non. La faute ne vient pas des barbares, elle vient d’une société dont le système de pensée tout entier repose sur la contrition à outrance et le devoir de mémoire pour des crimes commis contre personne, puisque les victimes, les opprimés, les anciens esclaves ont rejoint le Père depuis bien longtemps.

Guérilla n’est pas l’histoire d’une rébellion fantasmée contre le Maures, l’étranger, le réfugier, le migrant. Ce n’est pas Charles Martel version 2.0. Guérilla, c’est le constat alarmant de l’impuissance d’un peuple, d’une civilisation, qui, ayant voulu occulter sa violence, n’est plus à même de répondre à celle qui vient bouleverser l’ordre établi.

Négation d’une Europe en péril 

Le livre a été écrit il y a plusieurs mois. Depuis, les faits, tenaces, brutaux, impossibles à ignorer, donnent raison aux nouveaux prophètes des conflits à venir, dont Laurent Obertone fait partie, à la suite de Samuel Huntington avec son Choc des civilisations. La guerre ne sera pas civile, elle sera faite de terreur, d’images, de slogans mal agencés, percutants et sordides.

Une leçon peut être. La Terreur avait inventé le crime politique, le wahhabisme a su renouveler le genre. Terreur, oui, mais aussi condamnation, égorgement, négation d’une Europe en péril.

Sans vouloir planer sur les craintes de notre bon peuple, le romancier n’est tendre avec personne. Après tout, ne mérite-t-on pas la violence qui nous frappe ? Elle n’est pas salvatrice, elle nous a offert peu de martyrs. Il faut pourtant lire ce roman, pour son réalisme, pour sa froideur factuelle, pour la justesse des hypothèses.

Guérilla, c’est le nom d’une jeune enfant privée de tout, de sa famille, de son avenir, d’amour et d’innocence. Guérilla, c’est le monde dans lequel nous sommes désormais forcés de vivre. Alors prions, certes, mais n’oublions pas que la haine ne vient pas que d’ailleurs, elle fragmente la cité, elle s’immisce dans nos vies, elle est fille de renoncement et de tiédeur.

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Guérilla : le jour où tout s’embrasa de Laurent Obertone. Éditions Ring, 2016, 19,95 euros.