Voyage

Pourquoi préfèrent-ils voyager seuls ?

Qui sont ces globetrotteurs, avides de voyages et désireux de les entreprendre seuls ?

Pourquoi préfèrent-ils voyager seuls ?

© Kit

Ils sillonnent les routes du globe, parfois à des milliers de kilomètres de chez eux, seuls, le sac au dos, les chaussures lacées, l’esprit éveillé. Mais qui sont-ils ces globetrotteurs, avides de voyages et désireux de les entreprendre seuls ? Le voyage est le moteur de certaines existences, une porte vers la liberté, une issue à la difficulté de nos vies, ou un chemin d’élévation du cœur et de l’esprit.

Il y a mille raisons de voyager seul. Le plus difficile est toujours le premier pas, surtout seul. Pour beaucoup d’hommes, hisser son sac sur le dos et enfiler une paire de grosses chaussures est la réponse à une quête de soi-même et du monde conjuguée au désir de relever un défi.

On les croise aux détours de nos voyages, ces hommes et ces femmes indépendants, affirmés et aventuriers. Voyager seul est un moyen d’abandon à la rencontre. Notre condition humaine nous ramène sans cesse à l’autre. En tant qu’êtres de relation, nous éprouvons un besoin de partager ce que nous vivons et expérimentons. Seul on est livré à soi-même et la démarche d’ouverture aux autres est d’autant plus probante. Par le voyage, l’Homme recherche sans cesse la richesse humaine. La qualité d’un voyage se mesure à la qualité des rencontres qu’il nous aura apportés, le voyage se veut une quête de la richesse humaine.

Au détour de mes voyages j’ai croisé des globetrotteurs venu de tous azimut, avec qui j’ai eu la chance de vivre un moment privilégié, qui n’existent qu’au cœur d’un voyage : partager une plâtrée de nouilles chinoises sur un réchaud sur le col d’une montagne, ou un chaï au détour d’une ruelle indienne, écouter un récit assise sur un ponton dans un port de fortune les pieds battants au-dessus du vide, refaire le monde au coin du feu près d’un bivouac…Autant de personnalités sur les chemins, dont le leitmotiv de départ est extrêmement varié.

Pourquoi la solitude ?

Voyagez à plusieurs peut être propice à la solitude, telle qu’on l’entend au sens de la méditation personnelle. Une route peut être partagée sans pour autant échanger verbalement. Marcher quelques pas en arrière, suivre son rythme et laisser son esprit s’évader au gré des paysages que l’on traverse.

Si la solitude de l’esprit est possible à plusieurs pourquoi ces êtres persistent à vouloir partir seuls ? Quelle est le secret de cette mystérieuse attirance vers la solitude ?

Voyager seul corps et âme, c’est ne faire plus qu’un avec la route, c’est s’en remettre à son immuabilité, se livrer aux vicissitudes du temps qui passe. Voyager seul c’est s’éloigner de la pression sociétale et ses jugements tranchants, renoncer aux distractions, pénétrer dans un havre de paix pour l’esprit étouffé et assourdi. Voyager seul c’est faire face à son propre silence, c’est une invitation à descendre au plus profond de son être, à puiser en soi-même les ressources nécessaires pour avancer, pour affronter, et toujours continuer.

Ces âmes solitaires sur les routes partagent leur voyage d’une façon qui leur est propre. Seuls, les voyageurs intriguent et deviennent aisément l’hôte d’autres backpackeurs ou des locaux, pour un fragment de chemin ou un repas. Leur route est parsemée de rencontres incroyables, surprenantes, bouleversantes, qui sèment en eux émerveillement, chaleur, et paix. L’éphemérité de ces rencontres ouvre à la légèreté, l’absolu et la sagesse dans les échanges. Une authenticité qui rend ces partages avec l’inconnu si exceptionnels.

Voyager pour les bonnes raisons

Le voyage offre l’opportunité de s’échapper pour un temps de son propre univers pour être immergé dans un monde qui nous est soudainement étranger. La route offre parfois le temps nécessaire pour cicatriser les blessures. Mais le voyage peut être un mirage de délivrance : il ne fait pas disparaître les soucis mais offre un temps d’apaisement. Le détachement du temps, le dépaysement, la découverte de modes de vie, de mentalités différentes apportent parfois une dose de relativisme qui constitue un baume pour les esprits tourmentés par la vie. Un relativisme vertueux qui permet de se détacher et chasser les futilités de nos existences. Mais le voyageur doit veiller à ne pas basculer dans un relativisme excessif qui conduit au rejet. En ce sens, le voyage offre à toute personne de changer de regard sur les choses, un moyen d’apprendre à apprivoiser et aimer notre réalité de vie sans la rejeter. La solitude dans le voyage offre un éloignement nécessaire pour mieux revenir à l’autre.