Société

Ils ont vingt ans, ils sont islamistes, identitaires, conservateurs…

Tout les oppose mais ils s’opposent tous à la globalisation.

Ils ont vingt ans, ils sont islamistes, identitaires, conservateurs…

Dans Les Nouveaux enfants du siècle, publié aux éditions du Cerf, Alexandre Devecchio investit la jeunesse d’aujourd’hui et dessine son paysage. Loin des clichés habituels.

Tout les oppose mais ils s’opposent tous à la globalisation

« Ils ont vingt ans. Ils sont islamistes et partent pour le jihad. Ils sont souverainistes ou identitaires et s’enrôlent au Front national. Ils sont conservateurs, catholiques et animent la Manif pour tous. Tout les oppose mais ils s’opposent tous à la globalisation, au libéralisme, à la fin de l’histoire. Par leurs révoltes et leurs fractures, ils sont le miroir de la France d’aujourd’hui et de demain ». Voilà les trois jeunesses qui constituent ce qu’Alexandre Devecchio appelle les nouveaux enfants du siècle. Trois jeunesses concurrentes qu’il a décidé d’investir et de présenter après une enquête minutieuse, persuadé qu’elles seront les actrices de demain. « J’ai laissé trainer mes oreilles dans les couloirs des partis politiques, à Sciences Po où le FN a pris ses quartiers, mais aussi dans les rassemblements de l’UOIF (Union des Organisations Islamiques de France). J’ai surfé sur les sites djihadistes. Je suis retourné dans les territoires perdus de la République où j’ai grandi et où je vivais encore il n’y a pas si longtemps. J’ai arpenté la France périphérique où se sont exilés « les petits blancs » victimes de l’insécurité physique et culturelle liée à l’immigration. J’ai interrogé des anonymes comme des protagonistes célèbres », détaille t-il dans la revue Limite. Immersion dans cette génération de l’identité malheureuse.

Dieudonné, Zemmour, Michéa

Trois personnalités, trois traditions intellectuelles et historiques qui forment le cadre dans lequel s’inscrit la jeune génération. Ainsi, Devecchio rassemble sous le nom de « génération Dieudonné » les jeunes de banlieue désintégrés qui n’ont plus ni cadre ni repères culturels. La « génération Zemmour », ce sont les jeunes français provinciaux, ceux des périphéries identifiées par Christophe Guilluy, les laissés pour compte de la mondialisation qui voient dans le vote FN le seul échappatoire. Enfin, il y a la « génération Michéa », du nom de ce penseur critique du libéralisme, qui rassemble les jeunes issus de la Manif pour Tous, Sens Commun ou la revue Limite. Pour eux, le libéralisme, le productivisme et la croissance constituent le paradigme du monde moderne, paradigme dont il serait nécessaire de sortir pour mener une vie saine et décente.

Cette classification mérite toutefois d’être discutée à maints égards (c’est le propre de toutes les classifications). Les frontières de ces catégories sont d’abord extrêmement poreuses : Zemmour est extrêmement marqué par sa lecture de Michéa et la critique du libéralisme est omniprésente dans ses livres comme dans ses chroniques sur RTL. Les jeunes de la France périphérique sont-ils moins anti-libéraux que les jeunes de la Manif pour tous ? Sens Commun défend-il un programme anti-libéral ? François Fillon, le candidat que Sens Commun a choisi, n’est pas tout à fait sur cette ligne… Quand aux vrais adeptes de la décroissance et de la limite, ils sont sûrement moins nombreux que ce que l’auteur laisse à penser.

Que dire enfin de la jeunesse mondialisée à qui l’on a inoculé le lait des droits de l’homme à la naissance ? Si elle n’est plus majoritaire comme l’explique l’auteur, il convient de ne pas la sous-estimer.

Si des critiques sont à apporter, il n’en demeure pas moins que le livre d’Alexandre Devecchio est une enquête sérieuse et fouillée sur la jeunesse d’aujourd’hui. Elle fournit des clefs de lecture et donne de nombreuses informations précieuses sur l’état des forces de la jeunesse actuelle ainsi que sur ses centres névralgiques. Par ailleurs, on ne peut qu’être d’accord avec lui quand il affirme que c’est cette jeunesse qui devra faire ou refaire ce que les générations précédentes ont tout simplement défait.