Église

Mort de Fidel Castro : condoléances de l’Église

L'ancien président cubain est décédé vendredi 25 novembre. Tour d'horizon des réactions du côté du Vatican.

Mort de Fidel Castro : condoléances de l’Église

©Osservatore Romano/Michael Gangne/Cubadebate via Afp

Le pape François a présenté ses condoléances au président cubain Raul Castro, pour le décès de son frère Fidel Castro, le 25 novembre dernier, à l’âge de 90 ans. Un message en son nom est arrivé au président des conseils de l’État et des ministres de la République de Cuba, dans lequel le Saint-Père étend ses condoléances à toute la famille, au gouvernement ainsi qu’à l’ensemble de « la Nation cubaine bien-aimée ». Il confie tout le peuple cubain à l’intercession maternelle de Notre Dame de la Charité del Cobre, patronne du pays.

En signe d’hommage, les cendres du « père de la révolution cubaine » sillonneront le pays, dans une longue procession qui s’achèvera à Santiago de Cuba, le 4 décembre prochain, où auront lieu les funérailles officielles. La première cérémonie de recueillement a eu lieu ce lundi, sur la place de révolution, à la Havane, en présence des cendres, gardés par un cordon de sécurité jusqu’à leur départ, mercredi. Deuil également au Nicaragua et au Venezuela.

Depuis Jean Paul II

Le Saint-Père avait rencontré Fidel Castro lors de son voyage à Cuba, le 20 septembre 2015, soit 18 ans après la visite de Jean Paul II, en janvier 1998, et son appel historique : « Il faut que Cuba s’ouvre au monde et le monde à Cuba ». François réitèrera cet appel et s’investira personnellement dans le processus de rapprochement entre Washington et La Havane, amorcé en décembre 2014 par le président Obama.

Avant la visite de Jean Paul II, Fidel Castro avait accordé un congé exceptionnel pour Noël, décision qui sera ensuite adoptée définitivement par les autorités cubaines. Depuis, les prêtres ont accès à la radio ou à la télévision, à l’occasion des célébrations religieuses. Et en 2010, le gouvernement de Raoul Castro a restitué à l’Église un certain nombre de biens séquestrés dans les années 1960.

Benoit XVI aussi, en 2012, avait rencontré Fidel Castro, qui s’était retiré du pouvoir en juillet 2006. La rencontre était privée, à la demande de l’ancien dirigeant cubain qui lui posa beaucoup de questions sur la théologie et le rôle de l’Église. Les médias en convinrent : ce voyage à Cuba marqua « un pas considérable dans l’amélioration des relations entre l’Église catholique et les autorités cubaines ».

Fidel Castro fasciné par le Christ

Fidel Castro, à la personnalité très ambiguë, nourrissait « un profond intérêt pour le christianisme et les Églises, en particulier l’Église catholique, la papauté et le siège apostolique », confirme le Sismografo au lendemain de sa mort. L’ancien dirigeant cubain, souligne Luis Badilla, le directeur de la rédaction, « était un homme fasciné par le Christ et les Évangiles, qu’il connaissait très bien, voire certains passages par coeur. Il voyait en Jésus « le premier et le plus grand révolutionnaire de tous les temps ». François qui se souvenait de sa demande à Benoît XVI de lui envoyer des livres religieux – et à laquelle le pape émérite avait répondu en lui en envoyant plusieurs – lui a fait don de plusieurs ouvrages. Parmi ceux-ci, un CD contenant les homélies du père Armando Llorente, un ami, mort en exil à Miami, qui était un professeur de Fidel Castro au collège jésuite de Belém.

L’Église et l’État

Dans l’amélioration des relations entre l’Église et l’État cubain, très significative aujourd’hui la présence autour du pape François de proches collaborateurs comme le préfet de la congrégation pour le clergé, le cardinal Beniamino Stella, qui était nonce apostolique à Cuba entre 1992 et 1999, et Mgr Angelo Becciu, substitut à la secrétairerie d’État qui fut nonce à Cuba de 2009 à 2011, rapporte Vatican Insider. Encore verrouillé, « l’accès au secteur de l’instruction et aux moyens de communication » que l’État cubain à ôté à l’Église en 1961 et ne semble pas « disposé » à lui rendre complètement, souligne l’agence Fides, à la lumière du nouveau round de discussions entamé à la Havane pour définir le cadre juridique réclamé par l’épiscopat depuis si longtemps.

Les relations diplomatiques entre le Saint-Siège et Cuba datent de 1935, et n’ont jamais été interrompus malgré les « longues années de répression castriste » – Église muselée et marginalisée, prêtres et religieux arrêtés et emprisonnés, séminaires fermés – les papes préférant le dialogue, la patience et la politique des « petits pas » pour arriver à un dégel « efficace ».

Interrogé par Radio Vatican, Mgr Bruno Musarò, qui fut nonce apostolique à la Havane avant de représenter le Pape en Egypte, espère que Cuba sortira à jamais des souffrances vécues et fait sienne l’invitation du pape François à avoir de la patience, mais surtout « l’espérance pour tout le peuple cubain » que « la situation change vraiment et que s’ouvre une nouvelle ère de liberté et prospérité » dans le pays.

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