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Le mot de la semaine : « Russie »

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"Combien d'Européens sont capables de citer plus de trois villes russes ?"

Il y a 80 ans, le 25 novembre 1936, l’Allemagne nazie et le Japon impérial signaient un accord que l’Histoire tend parfois à oublier. À l’époque, le Japon est maître incontesté de l’Asie, les États-Unis sont absents de la scène internationale et la France domine l’Europe aux côtés de l’Angleterre – un contexte bien différent de celui que nous connaissons aujourd’hui.

Et pourtant, certaines choses n’ont pas changé. L’axe nippo-germanique avait pour but premier de contrer l’influence russe en Europe et en Asie. À l’époque, la Russie était, il est vrai, soviétique, mais la haine anti-russe perdure encore, bien après la chute du bloc soviétique. Les productions hollywoodiennes y ont considérablement contribué, peignant le Russe tantôt comme cet oligarque glacial, impassible, capable de tuer de sang froid, tantôt comme l’ivrogne inculte et brutal encrassé dans sa misère. Combien d’Européens sont capables de citer plus de trois villes russes ? (Que l’on songe en comparaison aux séries télévisées importées d’outre-Atlantique et qui nous rendent familiers les moindres quartiers de New York).


Lire le mot de la semaine dernière : « En marche »


Mettons de côté la question géopolitique, quoi qu’il y ait matière à discuter du bien-fondé de la crainte quasi irrationnelle que nourrissent certains médias à l’égard du prétendu expansionnisme russe, lorsque l’on voit les ravages de l’ingérence américaine opéree sans vergogne dans le monde entier. Concentrons-nous sur la culture et le respect des peuples : la détestation européenne de Donald Trump, de George Bush ou de Richard Nixon, n’a jamais remis en question l’amitié des peuples français et américain. Quinze ans d’hostilité envers Vladimir Poutine semblent être venus à bout de tout espoir d’échange entre les Russes et les Français. Même sous le joug soviétique, la Russie paraissait plus fréquentable aux intellectuels français qu’aujourd’hui…

L’alliance franco-russe signée en 1892 est pourtant l’un des plus anciens traités de la diplomatie moderne, et c’est à la faveur de l’effervescence slavophile qui s’en suivit que l’on doit la construction du pont Alexandre III, l’apparition des prénoms Cyrille ou Boris en France ou encore la traduction de plusieurs classiques de la littérature russe dans notre langue. Le français qui innonde les œuvres de Dostoievski ou Tourgueniev, et qui était la seule langue parlée à la cour du tsar au XIXe siècle, était encore un signe de distinction dans les cercles cultivés de Saint-Pétersbourg à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

À l’heure où la France suit aveuglement des orientations diplomatiques venues d’ailleurs, où l’Union européenne vote des sanctions économiques contre la Russie et ses médias (reniant d’ailleurs ses propres idéaux de liberté d’expression), et où l’accusation d’être « pro-russe » vaut celle de racisme pour discréditer un adversaire politique, nous ferions bien des nous demander si la Russie mérite notre défiance. Plus cyniquement encore : si la France de de Gaulle pouvait se payer le luxe de mépriser la Russie, avons-nous toujours les moyens de notre arrogance ? Ceux qui s’allièrent contre elle en 1936 ne tardèrent pas à chercher son soutien quelques années plus tard… avant de la trahir en l’attaquant : la Russie eut finalement raison d’eux. Et si aucun régime d’Europe continentale ne survécut à 1945, l’URSS, elle, en sortit même renforcée.

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