Société

20 000 euthanasies en France depuis 2005

Bien que la pratique de l'euthanasie soit interdite en France, elle est appliquée dans les faits.

20 000 euthanasies en France depuis 2005

© Pixabay

Le mot n’était jamais prononcé, mais dans les faits, la loi Léonetti contenait en germe la possibilité de recourir à une euthanasie « à la française », dès 2005 assure Maître Jérôme Triomphe, avocat des parents de Vincent Lambert. Cette loi prévoit en effet que les traitements, prodigués à un malade en fin de vie, peuvent être interrompus s’ils constituent une « obstination déraisonnable ». Or la nutrition et l’hydratation ont été compris comme des « traitements ».

Une faille dès 2005

Dès le passage de la loi au Parlement, ce point a fait l’objet d’un amendement, de la part d’opposants à l’euthanasie, qui ont vu le danger que cette faille représentait. Elle permettait de laisser mourir de faim et de soif un patient jugé incurable. Leur amendement prévoyait que l’hydratation et la nutrition ne devaient pas être considérés comme des « traitements » mais des « soins normaux », que l’on ne pouvait pas interrompre. L’amendement a été refusé, laissant une faille pour les dérives euthanasiques, qui n’ont pas manqué de se déployer par la suite.

Vincent Humbert

Les débats ont été influencés par l’affaire Vincent Humbert, qui s’achevait en février 2006, par l’ordonnance de non-lieu pour le Dr Chaussoy et Marie Humbert, la mère de Vincent. Pour mémoire, ce jeune homme tétraplégique aurait réclamé le « droit de mourir » au président Jacques Chirac en 2003. Ce à quoi il lui fut répondu que c’était impossible en l’état de la loi. Sa mère tenta de l’empoisonner, échoua, puis le Dr Chaussoy achèvait son patient. Cette histoire, fortement médiatisée dans un contexte où la loi Léonetti était en discussion, a fait l’objet du film Le courage d’une mère. Toutefois, le kinésithérapeute de Vincent Humbert, Hervé Messager, a apporté un point de vue différent. Affirmant que le film était mensonger, et que « Vincent ne désirait pas mourir« .

Hervé Pierra

La loi Léonetti a été appliquée dans toutes ses conséquences peu après, avec le cas d’Hervé Pierra. En coma végétatif suite à une tentative de suicide, ses parents ont demandé à ce que les soins cessent, y compris l’alimentation artificielle. Les médecins y ont finalement consenti, le laissant mourir au terme d’une agonie de six jours, qui a probablement été abrégée par une « piqûre ». Les parents se sont dit révoltés par les conditions dans lesquelles se sont déroulées les derniers jours de la vie de leur fils, qui n’a pas été accompagné par le corps médical.

Vincent Lambert

L’affaire Lambert clôt la boucle, explique l’avocat des parents de Vincent, Jérôme Triomphe. Lorsqu’il est contacté pour s’occuper de cette affaire, les médias décrivent le patient comme « un légume », une expression contre laquelle il s’insurge. « Vincent possédait toutes ses fonctions métaboliques », assure le magistrat, et ses parents ne veulent pas que l’on cesse de l’alimenter et de l’hydrater, contrairement à l’avis de son épouse et des médecins. Un retournement de perspective s’est effectué depuis 2005, explique le magistrat, il faut désormais prouver que Vincent Lambert souhaite continuer à vivre. Une bataille juridique s’ensuit, qui n’est toujours pas finie, et qui déchire la famille. L’avocat révèle que Vincent a récemment retrouvé un réflexe de déglutition, soit une amélioration minuscule de son état, mais qui ouvre la possibilité de rééduquer le patient à se nourrir normalement. « Cette rééducation lui a été refusée, dénonce maître Triomphe, car cela rendrait sa mise à mort impossible ! ».

Loi Léonetti Claeys, 2016

Jean Léonetti revendiquait, dix ans après la mise en application de sa loi, qu’elle avait permis d’arrêter le traitement de 70 000 patients incapables d’exprimer leur volonté. Sur ce total, maître Triomphe explique qu’officieusement, 20 000 d’entre eux auraient fait l’objet d’une euthanasie active. Alain Claeys lui-même assume que la loi qui porte son nom est « une aide à mourir », quant au Premier ministre Manuel Valls, il affirme qu’elle « n’est qu’une étape ».

Le diable dans les détails

Depuis l’affaire Lambert, maître Jérôme Triomphe suit chaque évolution de la loi avec inquiétude, relevant des propositions révélatrices du point de vue des promoteurs de l’euthanasie. Au moment des discussions sur la loi Claeys Léonetti, par exemple, il avait été question de proposer une sédation qui permette « d’endormir la vigilance » du patient. Cette formulation a été abandonnée. Ainsi que celle qui prévoyait de « ne pas prolonger inutilement la vie ». Si elle avait été conservée en l’état, elle aurait introduit pour la première fois, dans le corpus judiciaire français, la notion « d’utilité de la vie ». Ces détails sémantiques sont révélateurs d’une vision de la valeur de la vie, comme celle de l’homme en pleine possession de ses moyens, dont la volonté est souveraine, dénonce l’avocat. Sous l’influence de ceux qui ont cette vision, les lois évoluent vers une libéralisation toujours plus grande du recours à l’euthanasie, dénonce l’avocat.

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