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« L’Église n’est pas immunisée contre le virus de la polarisation »

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Le Saint-Père remet aux nouveaux cardinaux les insignes de leur mission au cœur du monde.

« Cher frère nouveau Cardinal, le chemin vers le ciel commence (…) dans le quotidien de la vie rompue et partagée, d’une vie dépensée et donnée (…) Aimez, faites du bien, bénissez et priez », a exhorté le pape François en remettant aux 17 nouveaux cardinaux leurs insignes cardinalices – barrette, anneau et titre – dans une basilique Saint-Pierre bondée de parents et amis des « élus » et un grand nombre de fidèles. A une époque marquée « de manière épidémique » par « la polarisation et l’exclusion comme unique et seul moyen possible pour résoudre les conflits », le Saint-Père a rappelé les nouveaux hauts dignitaires de l’Eglise à leur vocation et mission : ne pas regarder « celui qui te hait, qui te maudit ou te diffame » comme un ennemi mais comme un être à « aimer » et à « bénir » sans préjugé d’aucune sorte.

La remise des insignes cardinalices au prêtre martyr albanais, Ernest Simoni, a encore une fois créé l’émotion, les deux hommes s’inclinant mutuellement pour baiser leurs anneaux, dans un grand « geste de respect et d’estime » l’un pour l’autre.

Venus de pays lointains

Parmi les nouvelles soutanes rouges, le cardinal Mario Zenari, nonce apostolique en Syrie, a remercié le Pape au nom de tous les cardinaux qui, provenant de différentes régions du monde, sont « un signe éloquent de l’universalité de l’Eglise », à l’image de son « action inlassable » pour favoriser la paix dans le monde. En nommant ces 17 cardinaux, « je veux marquer l’universalité de l’Église qui témoigne de la Miséricorde de Dieu dans tous les coins de la terre », avait expliqué le Pape, en annonçant leurs noms. Surpris et ému, le nonce apostolique avait réagi en offrant sa pourpre « à la Syrie, à tous ceux qui souffrent de ce terrible conflit (…) à tous ces gens, tous ces enfants qui souffrent et paient les conséquences de ce terrible conflit ».

« Nous provenons de pays lointains, nous avons des coutumes, des couleurs de peau, des langues et des conditions sociales différents ; nous pensons de manières différentes et nous célébrons aussi la foi par des rites différents », a souligné le Pape pendant avait expliqué le Pape de la messe, mais « rien de tout cela ne fait de nous des ennemis, au contraire, c’est l’une de nos plus grandes richesses », a-t-il ajouté. Et cette richesse doit se traduire « dans le quotidien de l’existence », en quatre actions – « Aimer », « Faire du bien », « Bénir » et « Prier » – qui sont faciles « quand il s’agit d’amis, de personnes plus ou moins proches, par affection, par goûts, ou par habitudes », beaucoup moins face à des personnes qui « se présentent en adversaires, en ennemis », suscitant en nous « le désir instinctif » de « les disqualifier », de « les discréditer », ou de « les maudire ».

Contre le virus de la polarisation

« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux », a donc exhorté le souverain pontife en retournant aux cardinaux les paroles que Jésus adressa aux douze apôtres (Lc 6, 27-36), pour décrire leur mission. Agir « au cœur de la foule (…) au milieu de ses tourments, au niveau de leur vie », comme leur recommande le Seigneur, demande « un amour viscéral, un amour maternel/paternel qui ne laisse pas dans l’abandon, même lorsqu’une faute est commise », a souligné le Pape. Il en va de « la puissance de notre mission et l’annonce de la Bonne Nouvelle « . L’amour inconditionnel du Père envers tous, « même envers celui qui Le rejette », a-t-il poursuivi, est et doit rester « une vraie exigence de conversion pour notre pauvre coeur qui tend à juger, à diviser, à opposer et à condamner ». Il doit être « source infinie de confiance », et « un encouragement pour la mission », car « aucune main sale ne peut empêcher que Dieu y mette la Vie qu’il désire nous offrir « .

Contre « le virus de la polarisation et de l’inimitié » qui imprègne « les façons de penser, de sentir et d’agir  » des sociétés modernes, le Pape a appelé les nouveaux cardinaux à « être vigilants » , à ne pas croire qu’ils ne peuvent pas l’attraper, qu’ils sont « immunisés ». Il leur a demandé de « faire attention » à ce que cette attitude ne gagne pas leur coeur. « Vous iriez contre la richesse et l’universalité de l’Église que nous pouvons toucher de la main dans ce Collège Cardinalice », les a-t-il mis en garde.

Remise des insignes

A tour de rôle, rapporte l’agence I-Media, les cardinaux sont venus s’agenouiller devant le Pape pour recevoir leurs insignes cardinalices, signe visible du « sang qu’ils sont prêts à verser pour l’Eglise » dans un « dévouement absolu et sans condition », comme récite la formule du rite d’imposition des mains. La remise de la pourpre au prêtre albanais Ernest Simoni, modèle de courage pour tous les chrétiens, n’est encore une fois pas passée inaperçue: le Pape, comme lors de précédentes rencontres, s’est penché pour baiser la main du tout nouveau cardinal qui, en signe de profond respect, lui a retourné son geste. Pour l’Osservatore Romano, le quotidien du Saint-Siège, cette image restera « la plus significative de ce consistoire ».

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