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Le mot de la semaine : « En marche »

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Emmanuel Macron se met en marche... Mais pour aller où ?

Emmanuel Macron vient d’annoncer, au terme d’un intenable suspense de plusieurs semaines, qu’il serait candidat à la présidence de la République. « En marche ! » donc. Marche avant, marche arrière ? En marche pour aller où ? Le slogan ne le dit pas davantage que le programme qui n’est pas encore écrit, comme l’avoue l’intéressé. Mais qu’importe : seul compte le mouvement. « En marche ! », d’ailleurs, n’est pas un parti, mais un mouvement. Il répond parfaitement à l’angoisse qui ronge le monde d’aujourd’hui, celle de rester immobile, de perdre du temps, de ne pas pousser plus avant la course du progrès. L’impatience de ceux que tétanise l’idée de demeurer à un endroit relève de la névrose, du complexe mal surmonté : Emmanuel Macron fait penser à ces enfants hyperactifs qui trépignent, gambillent et gesticulent des bras et des jambes, incapables de rester en place.

La jeunesse du personnage est toutefois relative, car ses idées ont au moins quarante ans. En dépit du zèle médiatique consciencieusement déployé autour de lui, les paroles ne trompent pas ni le formalisme exacerbé des idées qu’elles portent. Lecanuet, Bayrou, Giscard… La liste de ceux qui ont défriché la voie qu’emprunte Emmanuel Macron n’est pas seulement longue elle est terriblement ancienne. Voir celui qui fut ministre de l’Économie jusqu’à récemment fustiger le bilan économique de François Hollande pourrait être risible si ce n’était lassant, car ces trahisons à répétition tissent depuis des siècles la toile de fond de notre vie politique. Et Emmanuel Macron tisse à merveille.


Lire le mot de la semaine dernière : « establishment »


Mais le plus amusant, s’agissant d’un jeune homme résolument moderne, qui entend dépoussiérer la politique et faire éclater à la seule force de son sourire l’archaïque clivage des partis politiques, est qu’il nourrisse l’ambition de conquérir les vieilles institutions de la vieille République. Quoi de plus ringard en effet que la République ? Pourquoi vouloir croupir entre les tapisseries mitées et les blêmes dorures de l’Élysée quand l’atmosphère connectée des start-ups du futur offre tant de promesses ? Le rêve politique est bon pour les vieillards qui ont arpenté les ministères des décennies durant dans l’attente lasse du grand jour. Que ferait un jeune homme dynamique au sommet d’un État qui, comme son passage chez Rotschild doit lui en avoir fourni la preuve, ne dispose plus d’aucun pouvoir réel ?

La marge de manœuvre du pouvoir est aussi étroite que ces couloirs où défilent de pales visages de fonctionnaires usés, et où, précisément, la place manque à celui qui veut se mettre « en marche ». Non, décidément, Emmanuel Macron mérite mieux que la vieille fonction présidentielle. On ne peut que croire à son modernisme affiché et à la volonté de changer les choses qui est la sienne : il est impensable qu’il poursuive bassement l’objectif du pouvoir pour le pouvoir, comme tous les autres routiers de la politique. Il se tromperait assurément d’orientation et risquerait de gâcher ses talents s’il venait à les dilapider inutilement dans les rouages rouillés de la machine d’État. Son destin l’appelle ailleurs, plus haut, là où son réformisme acharné trouvera toute la latitude nécessaire à son déploiement – et que la France, trop immobile pour contenir son énergie, ne saurait lui offrir. C’est aux entreprises que son génie agitateur doit se dévouer, c’est dans le monde des affaires que ses idées essaimeront avec le plus de succès – c’est vers la Banque, qu’Emmanuel Macron doit se mettre en marche… à moins qu’il n’y soit déjà ?

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