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Donald Trump et la doctrine sociale de l’Église : les points clefs de son programme 2/2

©SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
NEW YORK, NY - OCTOBER 20: Donald Trump walks onto the stage while attending the annual Alfred E. Smith Memorial Foundation Dinner at the Waldorf Astoria on October 20, 2016 in New York City.The white-tie dinner, which benefits Catholic charities and celebrates former Governor of New York Al Smith, has been attended by presidential candidates since 1960 and gives the candidates an opportunity to poke fun at themselves and each other. Spencer Platt/Getty Images/AFP
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Dans l'ensemble, les croyants ont eu tendance à faire confiance à Donald Trump. Reste désormais à voir comment le président élu compte « restaurer la grandeur de l’Amérique ».

Le 8 novembre, 60% des électeurs s’estampillant comme catholiques ont accordé leur vote au nouveau président américain, Donald Trump. Chez les chrétiens évangélistes, ce soutien s’est exprimé de manière encore plus forte puisqu’ils ont voté pour Trump à 81%. La campagne fut longue et litigieuse, et marquée par un niveau d’impopularité et de défiance vis-à-vis des deux candidats encore jamais atteint. Néanmoins, suffisamment de personnes se disant « croyantes » ont été prêtes à miser sur le candidat républicain et sur son parti pour contribuer à faire basculer l’élection en sa faveur. Désormais, alors que le pays s’apprête à entrer dans une phase de transition qui s’annonce tout aussi litigieuse, les catholiques qui ont voté pour Trump espèrent qu’il fera bon usage de leur confiance.

Pour des raisons spécifiques à cette campagne et à ce président, les perspectives sur les politiques que cette nouvelle administration va mettre en place sont pour l’instant très floues. Les promesses de campagne restent des promesses de campagne, bien sûr, et aucun candidat ne s’est engagé par serment solennel à tenir chacune d’entre elles dans le moindre détail. En ce qui concerne le nouveau président, les pronostics automnaux habituels sont encore plus difficiles à établir que d’habitude, d’une part parce qu’il a pour habitude de ne pas dévoiler ses décisions politiques trop à l’avance, et d’autre part parce que les positions qu’il a empruntées pendant sa campagne ont changé à de nombreuses reprises, contredisant parfois celles de son colistier le gouverneur Mike Pence, celles du parti républicain et parfois même les siennes.

Dans ces conditions, à quoi peuvent désormais s’attendre les catholiques (ceux qui ont voté pour l’équipe Trump-Pence comme ceux qui ne les ont pas soutenus) sur les questions clefs en matière de politiques publiques ?

Dans la deuxième partie de cet article, Aleteia vous expose une vue d’ensemble sur ces questions évoquées elles-mêmes dans un texte traitant des points clefs de la doctrine sociale rédigé par la Conférence des évêques catholiques américains (passages en italique). En commentaire, ce que l’on sait déjà et ce à quoi nous devons être particulièrement attentifs.


Lire la première partie ici 


La dignité du travail et les droits des travailleurs

L’économie doit être au service du peuple, et non l’inverse. Le travail est plus qu’un moyen de gagner sa vie. C’est une forme de participation perpétuelle à la création divine. Si l’on veut que la dignité du travail soit protégée, alors les droits de base des travailleurs doivent être respectés – le droit à un travail productif, à des salaires décents et justes, à la mise en place de syndicats, à la propriété privée, à l’initiative sur le plan économique.

Donald Trump est en faveur de réductions d’impôts et d’un code fiscal qu’il décrit comme « plus simple, plus juste, en faveur de la croissance ». Il souhaite réformer la régulation du gouvernement pour favoriser les petites entreprises, qu’il appelle « les pilotes de la création d’emploi ». Il a promis de ne pas toucher aux programmes de sécurité sociale que sont Social Security et Medicare. Ses propositions en matière de fiscalité incluent d’offrir des déductions d’impôts concernant les frais moyens engagés pour s’occuper d’un enfant. Ces abattements pourraient aussi concerner les parents restant à la maison pour s’occuper des enfants ou pour d’autres membres de la famille en charge des enfants. Ces mesures, ajoutées à celle visant à augmenter les déductions d’impôts « classiques », pourraient être contrebalancées par d’autres visant à supprimer le statut de « Chef de famille » pour les parents seuls ou les adultes célibataires venant en aide à d’autres membres de la famille, et à réduire les abattements pour des personnes dépendantes ou présentant certains handicaps. Cependant, aucune de ces propositions n’est gravée dans le marbre à l’heure qu’il est.

Solidarité

Nous sommes une seule famille humaine, quelles que soient nos différences nationales, raciales, ethniques, économiques et idéologiques. Nous sommes les gardiens de nos frères et de nos sœurs, où qu’ils se trouvent. Aimer son prochain prend des dimensions globales dans un monde en passe de devenir un village. Au cœur de la vertu de solidarité se trouve la recherche de justice et de paix. Le pape Paul VI a dit que si nous voulons la paix, il faut œuvrer pour la justice. L’Évangile nous appelle à être des artisans de paix. Notre amour pour tous nos frères et sœurs implique que nous promouvions la paix dans un monde empli de violence et de conflits.

Dès le début, l’un des points centraux de la campagne de Trump a été de mettre fin à l’immigration illégale. À sa promesse de construire un « grand mur » (qu’il a récemment revue à la baisse en admettant qu’il pourrait y avoir de simples clôtures là où la topologie le permettrait) le long de la frontière méridionale des États-Unis, Trump a ajouté d’autres mesures visant à renforcer les frontières, que ce soit de manière concrète ou en terme d’échanges et de coopération internationale. Ces positions ont été soutenues par des Américains souffrant des effets d’une mondialisation rapide, au même titre que des politiques similaires ont eu un écho favorable au Royaume-Uni ou dans d’autres pays européens. L’administration Trump va devoir trouver un juste équilibre permettant d’assurer la sécurité et le redressement économique du pays sans toutefois succomber à des politiques trop nationalistes, trop isolationnistes, trop protectionnistes.

L’Église partage l’avis de Donald Trump selon lequel il faut réformer l’immigration, mais les moyens qu’il compte mettre en œuvre diffèrent significativement de ceux envisagés par la conférence des évêques américains. Les évêques soutiennent une réforme « compréhensive », qui comprendrait des options comme « l’amnistie » ou une possibilité pour certains sans-papiers de bénéficier de certains droits s’ils mènent une vie paisible et productive bien que leur présence aux États-Unis soit officiellement illégale. L’Église s’oppose fermement à ce que des familles soient séparées pour des questions de statut légal dû à des situations migratoires.

Les références de Trump à des expulsions massives (les chiffres annoncés récemment montrent l’intention d’expulser ou d’incarcérer de 2 à 3 millions de criminels étrangers) semblent aller à l’encontre des enseignements catholiques. Il reste donc à espérer que les instances dirigeantes de l’Église et une administration Trump plus ouverte au dialogue avec les instances religieuses parviennent à travailler ensemble en vue de leur but commun consistant à mieux réguler l’immigration.

Un autre point de désaccord entre l’Église et le président nouvellement élu est la question de l’accueil des réfugiés, en particulier ceux qui fuient les guerres civiles et Daesh au Moyen-Orient. Les propositions de Trump réduiraient considérablement ou tariraient même ce flot de réfugiés, et renforceraient les restrictions afin d’empêcher l’arrivée de personnes en provenance de pays où Daesh est implanté. Ces propositions visent très majoritairement les musulmans, ce qui voudrait dire que l’on remet en cause la religion de ceux qui cherchent refuge aux États-Unis, ce à quoi l’Église s’oppose fermement. L’Église américaine et de nombreuses associations, catholiques ou non, jouent un énorme rôle dans la gestion de la crise des réfugiés, et les leaders catholiques doivent offrir leur expérience et leur soutien dans ce domaine afin de parvenir à trouver un équilibre entre sécurité et compassion.

En ce qui concerne le fait d’œuvrer pour la paix, le discours de Trump lors de la campagne a souvent impliqué un gros investissement sur le plan militaire. Mais depuis qu’il a été élu, il s’engage à rechercher d’abord des solutions diplomatiques. « Certains événements peuvent exiger qu’on ait recours à la force, mais il s’agit également d’une lutte sur le plan philosophique », a-t-il ainsi déclaré, notamment concernant les moyens de faire tomber Daesh. « Notre objectif, c’est la paix et la prospérité et non la guerre et la destruction. Le meilleur moyen d’atteindre ces objectifs est d’avoir une politique étrangère stricte, volontaire et cohérente. »

L’attention portée à la création de Dieu

Nous montrons notre respect pour le créateur par notre comportement vis-à-vis de sa création. Le soin que nous apportons à la planète ne réside pas seulement dans des slogans, c’est une des exigences de notre foi. Nous sommes appelés à protéger les gens et la planète, en vivant notre foi en communion avec toute la création divine. Ce défi environnemental comporte des dimensions morales et éthiques qui ne peuvent être ignorées.

« L’administration Trump s’engage à préserver nos fantastiques ressources naturelles et nos magnifiques habitats naturels », peut-on lire sur le site du président. « Le programme environnemental des États-Unis sera mené par de vrais spécialistes en matière de préservation de l’environnement et non par des politiciens radicaux. Le travail de l’Environmental Protection Agency (EPA ou Agence américaine de protection de l’environnement) va être recentré sur ses missions premières qui sont d’assurer un air propre et une eau propre et potable pour tous les Américains. Notre avenir sera marqué par la préservation de l’environnement, la prospérité et beaucoup de succès. »

Cette déclaration est en accord avec l’encyclique du pape François, Laudato si’, dans laquelle celui-ci écrit : « Il existe des formes de pollution qui affectent quotidiennement les personnes. L’exposition aux polluants atmosphériques produit une large gamme d’effets sur la santé, en particulier des plus pauvres, en provoquant des millions de morts prématurées. […] La technologie, liée aux secteurs financiers, qui prétend être l’unique solution aux problèmes, de fait, est ordinairement incapable de voir le mystère des multiples relations qui existent entre les choses, et par conséquent, résout parfois un problème en en créant un autre. »

Néanmoins, certaines propositions de l’administration Trump, comme celles de retirer les financements en vue d’efforts internationaux visant à gérer les effets du changement climatique, d’annuler des mesures de régulation en terme de protection et de sécurité environnementales, et de se réorienter vers la production et le transport d’énergies fossiles telles que le fuel (extraction de charbon, forage pétrolier en haute mer, fracturation hydraulique…) alors que cela a des conséquences sur la santé et l’environnement, sont en contradiction avec Laudato si’ et avec la position adoptée depuis longtemps par l’Église concernant le respect de la création.

À partir de maintenant, les catholiques – comme tous les Américains – sont appelés à considérer l’administration Trump – au même titre que toute autre administration – comme responsable de la représentation de tous les Américains et d’un engagement envers le bien commun. Aucunes politiques ne sont pleinement en accord avec les enseignements catholiques, mais nous avons le privilège de nous être engagés à suivre ces enseignements le plus possible. Voici ce qu’a déclaré l’archevêque Joseph E. Kurtz, le président sortant de la Conférence des évêques catholiques américains, au lendemain de l’élection de Donald Trump :

« En tant que citoyens et représentants élus, nous ferions bien de nous souvenir des mots que le pape François a prononcés quand il s’est adressé au congrès américain l’année dernière, « toute activité politique doit servir et promouvoir le bien de la personne humaine et doit reposer sur le respect de sa dignité ». Hier, des millions d’Américains qui ont du mal à trouver des opportunités économiques pour leurs familles ont voté de manière à être entendus. Notre réponse doit être simple : nous vous entendons. La responsabilité d’aider à renforcer les familles repose sur chacun d’entre nous.

La conférence des évêques attend de pouvoir travailler avec le président élu dans le but de préserver la vie humaine, de son début extrêmement fragile à sa fin naturelle. Nous nous engagerons en faveur de politiques qui offrent des opportunités à tous, aux gens de toutes religions, de tous milieux. Nous sommes fermement convaincus que nos frères et sœurs migrants et réfugiés peuvent être accueillis humainement sans que cela ne compromette notre sécurité. Nous attirerons l’attention sur les violentes persécutions qui menacent nos frères chrétiens ainsi que des personnes d’autres religions dans le monde, notamment au Moyen Orient. Et nous serons attentifs à l’engagement de la nouvelle administration en matière de liberté religieuse, permettant aux croyants de proclamer leur foi et d’orienter leur vie selon la vérité concernant l’homme et la femme et le lien unique qu’ils peuvent former par le mariage. Chaque élection provoque un nouveau départ. Certains se demandent sûrement si les gens de notre pays peuvent se réconcilier, travailler ensemble et exaucer la promesse d’une union plus parfaite. À travers l’espoir que nous offre le Christ, je crois que Dieu va nous donner la force de nous guérir et de nous réunir.

Prions pour que nos responsables publics puissent se montrer à la hauteur des responsabilités que nous leur avons confiées, en faisant preuve de grâce et de courage. Et aidons-nous mutuellement, en tant que catholiques, à être des témoins fervents et heureux de l’amour réparateur du Christ. »

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