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Les murs du président Trump n’empêcheront pas le monde de s’écrouler

© Gage Skidmore / Flickr
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Réaction des présidents de Caritas-Italie et Caritas-Europe aux propositions du nouveau président américain.

Vouloir briser le monde, le déchirer, le morceler selon les nations, les races, est vraiment injuste mais également peu réalisable, fruit d’une émotivité qui « nous replonge dans le passé ». Voilà comment réagissent plusieurs hauts responsables Caritas aux propositions du nouveau président américain, Donald Trump. Mais le nouveau président n’est pas le seul à vouloir prendre ce genre de décision. La question des murs et celle des migrants, revenue sur le tapis avec son élection, a déjà été entendue dans la bouche d’autres dirigeants, soulignent le cardinal Francesco Montenegro, président de Caritas-Italie, et Mgr Luc Van Looy, président de Caritas Europe, qui ont fait part de leur perplexité et inquiétude au cours d’une rencontre, organisée à Rome sous le thème : « Pour une Europe no exit – Union entre droits, accueil, et inclusion ».

Lors de son intervention, au début des travaux, le cardinal Montenegro a souligné les effets sanglants de tous ces murs qui se dressent aujourd’hui dans le monde – « Celui du Mexique, mais pas seulement  (…) tâché du sang de tant d’innocents », a-t-il déploré – et parlé du Brexit qui est, selon lui, « le résultat d’une vision égoïste des intérêts nationaux, et la peur que l’Union européenne ne soit pas capable d’affronter toutes les crises qui l’afflige ». L’occasion pour lui de plaider pour une « refonte du vieux continent » fondée sur les trois points clefs indiqués par le Pape : intégration, dialogue et production ».

Le paradoxe européen

Le directeur de Caritas-Italie, Francesco Soddu, a pris alors la parole pour souligner le paradoxe de cette Europe « née pour éloigner les peurs et les nationalismes opposés » et qui risque aujourd’hui un « dangereux retour en arrière ». Il est rejoint dans ses propos par Mgr Luc Van Looy, qui a parlé d’une « Europe en feu » et d’un monde en passe de perdre toute référence culturelle, politique, spirituelle, au profit d’une technologie et d’une économie passant avant l’être humain. « Migrants et réfugiés, a-t-il relevé, sont souvent regardés comme s’ils étaient coupables de ce qui leur arrive ».

Trump réaliste ?

Face aux projets clairement énoncés par Donald Trump d’ériger, aux États-Unis, un mur entre les États et le Mexique – en plus de la barrière déjà existante – et de renvoyer chez eux des millions de Mexicains, le cardinal Montenegro a été critique, tout en restant sceptique sur la faisabilité d’un tel projet : il imagine mal « deux ou trois millions de personnes faisant la queue devant le détecteurs de métaux, pour passer de l’autre côté et rentrer au Mexique », a-t-il expliqué à Vatican Insider. Cela lui paraît « irréalisable, vu leur nombre aujourd’hui ». Le président de Caritas-Italie, se pose alors la question : « Que signifie cette mondialisation que l’on pousse en avant, si c’est pour mettre le frein à main et l’empêcher d’avancer ? C’est inutile ! ».


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Le cardinal Montenegro attribue la crise mondiale actuelle, y compris la question migratoire, aux décisions économiques prises à travers le monde. L’économie, a-t-il estimé, « détermine en effet certaines décisions, dans l’espoir que celles-ci permettent de se remettre sur les rails ». Mais « les comptes finissent obligatoirement dans le rouge », à cause de cette vision des choses, à cause de cette volonté de diviser le monde « en compartiments étanches, marbrés, comme un échiquier : moi je suis ici, toi là. « Quel monde peut-il sortir d’un tel mécanisme ? »

L’effet boomerang

Si aujourd’hui le monde est si divisé, si fragmenté, c’est « parce que nous avons un passé qui fut ce qu’il était et nous voulons le reproposer », a commenté le cardinal Montenegro. Et les messages que lance Donald Trump vont dans ce sens : « Ces messages ne regardent pas vers l’avenir mais vers le passé. Ce que dit le nouveau président américain pourrait donc bien vouloir dire rupture mais, en politique, comme on l’a souvent vu, un coup c’est la droite qui monte et la gauche qui descend, une autre fois le contraire et ainsi de suite ».

Dans cette histoire de « flux et reflux » des migrants, il manque « un espace où l’on pourrait débattre de l’opportunité de certaines décisions », estime par ailleurs le cardinal Montenegro. Selon lui, l’homme se laisse prendre par les émotions, par l’émotivité. Et « si, comme les Mexicains, les italiens – qui comptabilisent cinq millions d’immigrés dans le monde – et d’autres nationalités par la suite devaient subir le même sort, qu’on les renvoie tous chez eux, quel monde aurions-nous ? », s’est-il interrogé. À ce propos le cardinal Montenegro a rappelé le cas de la Suisse qui a voté à un moment donné, pour le renvoi des Italiens chez eux, suivie plus tard par d’autres pays européens. « C’est bien gentil d’encourager certaines décisions mais il arrive que ces décisions vous retombent sur le nez », a-t-il mis en garde.

Les contradictions

La question, de toute évidence, est plus générale et touche aux liens qui unissent la « politique », le « consensus » et les « crises sociales ». Un point sur lequel le cardinal Montenegro revient très souvent, tant les contradictions sont grandes : « Nous avons lancé la mondialisation, alors je me demande pourquoi s’il suffit d’un clic pour déplacer l’argent, commander les marchandises, les hommes ne peuvent-ils pas entrer dans ce mécanisme de déplacement général ». « D’autre part, il faudra bien quelqu’un qui vide les containers, un autre qui fasse les courses pour rentabiliser cet argent. Je n’arrive pas à comprendre cette contradiction. Comment voulons-nous que le monde soit meilleur alors que tout le monde a la corde au cou ? »

« No exit »

Sur la même ligne, Le directeur de Caritas Europe, Mgr Luc Van Looy, est parti du « no exit » contenu dans le titre de la rencontre, pour aborder la question du « traitement selon les personnes » sur lequel repose toute la question : « Peu importe d’où viennent les personnes, nous devons les traiter en êtres humains, avec la même responsabilité, la même valeur. On ne peut juger différemment un homme parce qu’il est Africain, Syrien, Italien ou Belge », a-t-il exhorté. Il est naturel qu’une nation défende aussi ses propres citoyens, « c’est normal ! », a-t-il poursuivi, mais « il faut aller plus loin et se dire qu’il y a des lois humaines, non nationales ou régionales, qui doivent être respectées ». Le « no exit » renvoie donc au magistère du pape François : « Ils sont tous des enfants de Dieu, alors s’ils le sont, ils sont mes frères et je dois les traiter en frères. Dire “no exit” c’est dire qu’on n’a pas le droit de décider de l’avenir de ces personnes, qu’il y a des lois et que celles-ci doivent être à respecter ».

Sur la question des murs, Mgr Luc Van Looy pense qu’il s’agit d’un « manque de confiance réciproque, confiance nationale et raciale ». Face aux scénarios plutôt sombres que renvoie l’actualité, il ne prétend pas détenir la « recette » pour dire au nouveau président américain ce qu’il doit faire, mais ce qu’il a entendu lui suffit pour se demander « si le monde ira vers une unité ou une rupture ? ».

Article traduit et adapté par Isabelle Cousturié. 

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