Histoire

Antoine Blondin, le tendre des « Hussards » (5/5)

Découvrez "les Hussards", courant littéraire des années 1950 qui s'opposait aux existentialistes.

Antoine Blondin, le tendre des « Hussards » (5/5)

Antoine Blondin © Aleteia


Retrouvez le 4e épisode de la série : Jacques Laurent, le discret des « Hussards »


Si vous n’avez que vu le singe en hiver réécrit par Audiard, c’est un peu dommage. Blondin, ce n’est pas que ça. Ce n’est même pas du tout ça. Blondin c’est le fantôme de François Villon, c’est son monsieur Jadis à l’humeur vagabonde, c’est le minable roi des nuits sans superbe de Saint-Germain-des-Prés, où les alcools font bouffons les grands écrivains, pour mieux les placer sur le triste trône d’un banc taché par la pluie et les oiseaux. Antoine Blondin, tendre hussard, poète des songes et des ivresses, qui, lorsqu’il se trouva forcé de choisir entre le vin et le papier, rangea sa plume à l’écritoire pour s’accouder au zinc ingrat jusqu’à son dernier souffle.

La tendresse parisienne

L’anniversaire des 25 ans de sa mort a fait revenir sur le devant de la scène le journaliste Blondin, le conteur du tour de France. Mais puisque nous écrivons sur les hussards, nous laissons de côté ce pan de sa vie pour nous en tenir à son œuvre de romancier. Il en a peu, des romans, et encore moins qui soient connus. Ils sont tous parisiens, tendres, graves et insolents (c’est nécessaire quand on est un hussard). Ce qui marque chez Blondin, c’est qu’aucun des ses personnages, même secondaires, ne suscite le mépris. Il nous conduit à l’affection même pour les plus fourbes. Toutes les impressions de lecture sont en demi teintes, on se passe de coup d’éclats, le deuil, le désir et l’amour demeurent égaux dans une paresse sentimentale qui frôle l’indifférence au lieu de la désinvolture. Et lorsqu’on y ajoute les jeux de langue, le style baroque et l’humour « pince sans rire », on obtient le blondinisme, cette sorte de spleen riant, de louange de l’ennui.

Le bon Dieu

Il parle d’avantage des enfants du bon Dieu que du bon Dieu lui-même. S’il n’a jamais fait de grande profession de foi, les protagonistes de ses chefs-d’œuvre respirent souvent cette foi de charbonnier un peu contrariée, celle qui garde le bon réflexe de se tourner vers Dieu avant de dormir, bien que la journée ait été chargée de toute sorte de vices dont il ne se sent pas coupable. Il parle de Dieu comme d’un vieil ami un peu fourbe, comme Nimier, puis le remet sagement sur un piédestal avant de conclure la scène par une phrase de bigote un peu touchante : « Qui sait si nous ne serons pas comptables de toutes les joies que nous nous serons refusées, de tous les chemins que nous n’aurons pas suivis, de tous les verres que nous n’aurons pas bus… Il ne faut pas cracher sur les cadeaux de la création, Dieu déteste cela ».

Pigiste de l’âme humaine, poète fâché avec l’alexandrin, Antoine Blondin reste un écrivain atypique et méconnu. La postérité prend parfois du temps pour dévoiler ses génies. Indubitablement hussard, ne serait-ce que par son étrange amitié avec Nimier, il vous touche aussi comme un Bergerac qui s’adresse à la lune avant de mourir, comme un Don Quichotte qui gesticule devant un moulin. Voilà qui ferait un bon titre pour le prochain ouvrage de Cresciucci : Antoine Blondin : cadet de Gascogne ou hussard de Saint-Germain ?

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