Opinion

La question du Front national

À sept mois des prochaines élections, le philosophe Henri Hude livre son analyse sur le parti de Marine Le Pen.

La question du Front national

©Eric FEFERBERG / AFP

Situation d’ensemble du pays

Jusqu’à présent, deux partis dominent la vie politique. À gauche, les libéraux de gauche dominent ; à droite, ce sont les libéraux de droite. Quelques remarques sont importantes sur le sujet.

Les uns comme les autres s’alignent de plus en plus sur l’agenda néo-conservateur de Washington en politique étrangère, en grande partie parce qu’ils n’ont pas le choix, et probablement sans grande conviction, mis à part pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Les deux partis ont accepté les règles du libéralisme dans la sphère économique mais aussi dans la sphère sociale. La droite conservatrice en matière sociale n’a pas voix au chapitre dans la définition de la politique du pays

Une nuance majeure à apporter est que, malgré ces principes libéraux, le pays est conduit par une classe de bureaucrates de culture jacobine et socialiste. C’est en partie contre leurs propres traditions qu’ils suivent le libéralisme américain.

La cause de la ruine croissante de notre économie est cette contradiction : ouverture à la concurrence libérale, associée à une structure administrative, économique et fiscale jacobine. Les parties du pays exposées à la concurrence sont celles qui souffrent : jeunesse, secteur privé – aussi bien salariés qu’entrepreneurs, sans parler du nouveau prolétariat. Elles sont sacrifiées, pour donner quelques années d’existence aux fonctionnaires et aux retraités, qui sont par ailleurs les bases électorales des deux partis dominants.

La montée des inégalités au niveau mondial et le retour du principe national

Les politiques libérales, en insistant trop sur les contrats et la liberté individuelle, ont accru dans des proportions effrayantes les inégalités de pouvoir et de richesse, et conduisent le monde vers des tensions sociales très graves. Beaucoup de gens réagissent à cette injustice et sont à la recherche d’une vie plus digne. Ils ne voient plus la démocratie dans le libéralisme, mais dans le nationalisme, ou le socialisme, et placent leur confiance dans des hommes forts (ou de fortes femmes) anti-élites.

Nous sommes donc en présence de régimes usés, historiquement représentatifs mais dans lesquels désormais une vaste majorité se trouve délaissée, sans adéquate représentation. Ces régimes sont tous sous tension, à des degrés divers, les plus « oligarchiques » et inégalitaires étant probablement les plus à risque. Il devient donc nécessaire de ne pas se limiter à une justice purement libérale, mais de prêter davantage attention aux deux autres dimensions, sociale et conservatrice, de la justice.

Au plan international, une démocratie plus équilibrée signifie aussi une nouvelle  appréciation de l’importance de l’échelon national. Mais tout ceci équivaut à une rupture avec les politiques menées depuis des décennies.

L’émergence des partis populaires / populistes

Dans cette perspective, il est naturel que les citoyens cherchent une personnalité, une équipe, un parti à mandater, pour mettre en œuvre une telle politique de rupture, ou du moins de très fort rééquilibrage, en rétablissant leurs droits économiques et politiques, à commencer par l’autorité souveraine des représentants du peuple, la solidarité et la nation. Tout ceci est non seulement naturel, mais juste et nécessaire, la justice étant dans l’équilibre de ses différentes dimensions.

Les peuples sont confrontés à ce qu’ils perçoivent comme un contrôle des institutions démocratiques par la haute aristocratie d’argent nationale et internationale. Ils se tournent naturellement vers des personnalités fortes et populaires, qui leur promettent d’exercer un pouvoir autoritaire et personnel pour rétablir leurs droits. Il n’y a en cela rien que de classique, car les peuples se sentant opprimés par une aristocratie, se portent naturellement vers un pouvoir personnel fort, et qui seul est en mesure de s’imposer aux élites. Ce pouvoir peut être celui d’un grand homme d’État, d’un monarque ou bien encore d’un dictateur démagogue. Tout cela aussi est naturel et classique. Ceux qui se plaignent de ces effets auraient mieux fait de ne pas en vouloir les causes.

En France, le Front national (FN) déclare être ce type de parti, organisé autour de la personnalité de Marine le Pen. La bonne question est donc : pour recevoir un tel mandat, le FN est-il le bon mandataire ? Le seul possible ?

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