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Le mot de la semaine : « establishment»

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Ou comment un milliardaire peut-il incarner l'anti-establishment ?

La victoire surprise du candidat républicain Donald Trump à l’élection présidentielle américaine a donné l’occasion à de nombreux commentateurs de s’étonner. Les électeurs, dont le comportement avait été scruté à la loupe par les experts, n’ont pas agi comme prévu. Les femmes n’ont pas désavoué un homme que les médias n’ont pourtant pas cessé de dépeindre sous des traits misogynes. Un grand nombre d’hispaniques a voté pour celui dont les journalistes n’ont pas jamais manqué de souligner le racisme présumé. Donald Trump semble même obtenir de bons scores chez une partie des blancs diplômés, dont les analyses prévoyaient qu’ils se tourneraient massivement vers Hillary Clinton.

Il y aurait sans doute matière à écrire de longues pages sur les raisons profondes du comportement électoral des Américains au cours de cette élection qui restera dans l’histoire comme l’une des plus surprenantes. Mais le phénomène le plus important restera sans doute le désaveux très clair du fameux establishment.

« Comment un milliardaire peut-il incarner l’anti-establishment ? » se demandent beaucoup d’Européens, oubliant que l’argent, pour une grande majorité d’Américains, n’est pas tant synonyme de pouvoir politique que de réussite personnelle. Le système contre lequel Donald Trump s’érige n’est pas celui de l’argent ou de Wall Street, jugé indépassable, mais celui des réseaux médiatico-politiques. Il a livré bataille et est parvenu à vaincre deux véritables dynasties américaines, à savoir a famille Bush et la famille Clinton. Son succès redonne vigueur au modèle de la success story individuelle face à celui du clan (dont la figure la plus symbolique fut inarnée à la perfection par les Kennedy en leur temps).

Les déclarations de Donald Trump que les médias ont reçu comme des dérapages ou comme les signes d’une personnalité profondément détestable apparaissent, pour beaucoup d’électeurs, comme la preuve d’une pensée libre et affranchie des règles et des tabous. L’homme seul, contrairement à l’homme de clan, peut se permettre de prendre des risques. Il n’est responsable que de lui seul. La dégradation de son image ou même une chute éventuelle ne rejaillit pas sur ceux qui l’entourent, et à qui il doit autant qu’ils lui doivent.

Lorsque Hillary Clinton s’exclame : « Ne peut-on pas envoyer un drone sur ce type ? » en évoquant Julian Assange, c’est la violence expéditive d’un système qui transparaît. Lorsque Donald Trump déclare qu’il veut tuer les familles de terroristes, c’est un individu qui dérape.

Les plaisanteries supposément misogynes de Donald Trump n’entraînent pas tant l’adhésion des Américains parce que ceux-ci en approuvent le contenu, mais parce qu’ils en admirent la forme, c’est à dire la liberté de ton, le refus de polir son langage pour plaire, ou l’affranchissement du jargon médiatique – autant d’actes perçus comme courageux, et dont Hillary Clinton ne peut absolument pas s’offrir le luxe.

La victoire de Donald Trump aux États-Unis inspirerait, dit-on, ceux qui veulent incarner l’anti-establishment en France. En réalité, elle ne saurait avoir aucune portée en Europe, où l’argent est suspect et où les propos hors-cadres ne sont pas perçus comme un signe de liberté mais comme une incapacité à se maîtriser. L’idée même d’establishment est sans pertinence pour décrire un système politico-médiatique européen (dont le pouvoir est pourtant bien réel). Les codes sociaux, moraux et langagiers font partie de l’institution aux États-Unis. Ceux qui ne les maîtrisent pas sont privés du pouvoir, et qui veut incarner l’anti-establishment doit nécessairement les combattre. En Europe, ces codes font partie de la culture. Celui qui les remet en cause ne peut être qu’un rustre.

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