Histoire

Peut-on être catholique et aimer « les Hussards » ? (1/5)

Découvrez "les Hussards", courant littéraire des années 1950 qui s'opposait aux existentialistes.

Peut-on être catholique et aimer « les Hussards » ? (1/5)

© ALETEIA

Le mot évoque les casaques des glorieux cavaliers de Napoléons : ces dolmans enluminés de brandebourgs et autres passementeries de fil d’or, les coiffes imposantes et les longues mèches des destriers hongrois. Et puis au XXe siècle, on a placé sous ce vocable un nouveau Parnasse aux faibles effectifs. Les quatre plumes de Nimier, Laurent, Blondin et Déon se rassemblent en mousquetaires face aux « opposants » littéraires : les existentialistes. Le courant de Sartre leur semblait avoir trop l’allure d’un petit catéchisme du gauchisme pour mériter la place littéraire qu’il commençait à prendre. Alors les voici, occupant Saint-Germain-des-Prés sur les tabourets et les sous verres du Bar Bac, et les couverts des Assassins, rue Jacob.

Ce qui les unit

C’est un style bien particulier qui rapproche ces écrivains. Rencontre fortuite dans les bureaux des éditeurs, il en ressort une nouvelle école, celle du cynisme, de l’élégance et de la provocation. On attribue nombre d’épithètes à ces « droitards » pour en dresser le portrait stylistique. Pourtant, il ne semble jamais complet : le dandysme, la poésie subversive, la révolte contre le monde moderne, ou plutôt l’indifférence à son égard, l’esthétisme, le goût de l’ordre, l’héroïsme et l’érotisme. Ils font de la littérature un jeu des plus sérieux. Ils nient la création de leur école de pensée, trop individualistes pour se considérer membres d’un groupe. Leur jeu de lettreux se résume à user de leur formation philosophique solide pour détourner les codes, sans les supprimer, car qui se veut esthète sait, sinon se ranger dans les codes, ranger les codes à son étiquette.

Et si vraiment, il fallait appeler cela de la littérature de droite, soit. Aucun d’entre eux n’a pourtant parlé politique dans ses pages. Leur littérature refuse la vague gauchiste de l’époque non pas pour ce qu’elle est de gauche, mais pour ce qu’elle tente de s’imposer dans les arts. La littérature de droite, en somme, et celle des hussards, c’est le goût de la langue et des mots pour ce qu’ils sont.

Peut-on être catholique et aimer les hussards ?

Si les vertus hussardes sont bien l’insolence, la désinvolture, la vitesse, la violence et l’arrogance, rien de tout cela ne semble être un modèle de vie très chrétien. Et puisque nous sommes ce que nous lisons, il n’est pas sot de se demander la place qu’occupe ce courant dans la vie littéraire d’un catholique. Il faut laisser là donc les qualificatifs précédents pour considérer ce qu’ils peuvent apporter de bon. On est loin de Claudel, de Péguy ou de Bernanos, mais leur littérature a cela de particulier que, malgré le langage parfois cru, et les images souvent sales, elle est une constante recherche de pureté et d’absolu. Recherche toujours déçue, certes, mais jamais abandonnée. Et c’est en cela que leur révolte contre le monde moderne est une recherche d’ordre, loin d’être aussi malsaine que certains passages de leurs romans.

Lire les hussards c’est retrouver l’arrogance de ses vingt ans. C’est se rappeler qu’une partie du monde vit encore, sinon d’amour et d’eau fraîche, de lettres et de bons vins. À vous de trouver lequel des quatre « sales gosses » vous plaira le plus, en lisant les petits portraits que nous vous en avons dressé.

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