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L’art de Bernard Buffet sort de l’ombre

© Dina Morin
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La rétrospective du Musée d’art moderne de la ville de Paris réhabilite l’art de Bernard Buffet.

Un style immédiatement reconnaissable, des milliers d’oeuvres exposées et vendues aux quatre coins du globe et pourtant, l’art de Bernard Buffet reste ignoré et incompris en France, comme s’il s’agissait d’un sujet tabou. Comment expliquer ce désamour de l’intelligentsia française ? Pourquoi ce peintre est-il tombé si facilement dans l’oubli ? La rétrospective chronologique conçue par le musée d’art moderne de la ville de Paris nous propose une remise à niveau en rendant compte de la variété et de la richesse de ses créations.

Un génie précoce

L’exposition s’ouvre sur une toile monumentale et pas des moindres : une Déposition de croix réalisée par Bernard Buffet en 1946 à l’âge de dix huit ans. Cette toile peinte, juste après la mort de sa mère, renvoie directement à sa souffrance personnelle. Déjà, l’artiste a trouvé son style, si significatif, caractérisé par la schématisation du dessin et des formes soulignées d’un trait noir. Plus loin, on découvre une Crucifixion, datant de 1951. Le Christ est entouré de personnages dont la douleur retenue fait écho au quotidien de l’après-guerre. Fervent croyant, Bernard Buffet aime à revisiter les thèmes religieux mais en y greffant son vocabulaire plastique empreint de tragique, de distance et de modernité.

Les salles suivantes montrent un Bernard Buffet prenant un malin plaisir à jongler entre portraits, natures mortes et scènes de genre. De ses portraits longilignes et émaciés à la palette réduite à des gris clairs, on passe aux scènes d’ateliers marquées par leur calme monacal pour accéder ensuite à la vie et au mouvement de sa série consacrée au cirque. Du haut de ses vingt ans, cet écorché vif, au caractère solitaire et taciturne, fait preuve d’une maturité presque déconcertante. Repéré dès 1947, l’artiste connaît un début de carrière digne d’une star de cinéma. Les galeries françaises et étrangères se l’arrachent. L’artiste travaille à un rythme effréné, exposant parfois jusqu’à 10 fois par an ! Il atteint l’apothéose de sa gloire, en France, en 1955. Le magazine Connaissance des arts, qui cherche à désigner les dix meilleurs peintres de l’après guerre, le place au premier rang. Bernard Buffet est devenu un personnage public.

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Une artiste tourmenté

L’année 1956 marque un tournant dans la carrière de l’artiste : après avoir été adulé par les médias français, Buffet est désormais boudé et décrié. Qualifié d’artiste commercial, on lui reproche son train de vie, son succès, son conservatisme…. Malgré les critiques, le peintre s’accroche et s’appuie sur la reconnaissance dont il bénéficie toujours à l’étranger notamment en Angleterre, aux États-Unis et au Japon.

Natures mortes, thèmes mythologiques, séries autour du Japon, des clowns ou encore de la mort… Bernard Buffet puise son inspiration dans une iconographie abaondante. Plus il avance et plus son oeuvre est marquée d’une violence, d’un misérabilisme et d’une force sans précédent. Il n’hésite pas à recourir à de larges empâtements, à choisir des formats toujours plus grands, à cerner ses personnages de traits noirs toujours plus épais.

Cette exposition fait ressortir un fait indéniable: l’art de Bernard Buffet ne laisse pas indifferent. Au-delà des jugements subjectifs consistant à savoir si on apprécie ou non son art, les toiles de Bernard Buffet exercent une réelle attraction sur le spectateur dans la mesure où elles sont autant de témoignages de sa personnalité. Malgré sa célébrité à l’étranger – un musée lui a même été consacré au Japon – malgré la richesse et l’affection, Buffet reste un artiste en souffrance, fragile et torturé. Cette retrospective est une belle opprtunité de mieux connaître l’oeuvre de Bernard Buffet mais aussi l’homme qui se cache derrière ses toiles.

Informations pratiques :

Bernard Buffet, rétrospective.
Du 14 octobre 2016 au 26 février 2017
www.mam.paris.fr

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