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Conversion d’un enfant du siècle. Épisode 3

Notre-Dame-de-la-Croix de Ménilmontant
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"Si j'ai grandi sans religion, j'ai toujours été entouré de clochers."

Je suis un jeune Parisien de bientôt 25 ans que rien ne destinait à se tourner un jour vers cette chose indistincte et que j’appelais jusqu’à récemment encore « la religion ». Pourtant, depuis bientôt deux ans, je me considère comme catholique – et je serai très prochainement baptisé.

Si j’ai grandi sans religion, j’ai toujours été entouré de clochers. Mes parents ne manquaient jamais de visiter la moindre église de village lorsque nous voyagions en France, et le silence qu’ils s’imposaient alors, ne s’adressant plus à moi qu’à voix très basse, résonnait en moi comme la reconnaissance d’une présence impalpable dans ces lieux isolés du vacarme du monde extérieur.

Depuis toujours, le sentiment que j’éprouve instinctivement en pénétrant dans une église est indéfinissable, mais il suscite une sensation particulière en moi. L’odeur me parvient tout d’abord, si particulière, de la pierre âcrement prise d’humidité, et qui vous plonge dans un passé apparemment éternel. L’encens parfois s’y mêle, et ses accents presque voluptueux semblent alors verser quelques lumineuses gouttes d’orient dans l’obscure profondeur gothique où sa fumée s’élève.

Enfant, mon contact le plus régulier avec les églises était de nature musicale, puisque la maîtrise du conservatoire d’arrondissement dont je faisais partie se produisait quelques jours avant Noël dans l’église de quartier, Notre-Dame-de-la-Croix de Ménilmontant, dans le vingtième arrondissement de Paris. Depuis, ma découverte des chapelles romanes et des églises de la Renaissance italienne a considérablement relativisé la splendeur avec laquelle cet édifice du XIXe siècle s’imposait à mon regard d’alors. Si je perçois aujourd’hui la lourdeur un peu gauche de son style néo-gothique, je me souviens toujours des frissons ressentis lorsque, aux pieds de ses colonnes massives, la cinquantaine d’enfants que nous étions s’étonnait de voir pleuvoir dans toute la nef ces notes qui ne semblaient déjà plus totalement provenir de nos seules voix.


Lire aussi « Conversion d’un enfant du siècle. Épisode 2 »


Parmi les édifices religieux qui m’impressionnent le plus, je compte la basilique Notre-Dame d’Orcival, apparition presque terrifiante d’un Moyen Âge intact dans les montagnes de l’Auvergne profonde, la cathédrale de Modène, dont l’embrasure du portail nord est ornée de bas-reliefs païens évoquant les légendes celtes, ou encore l’incroyable église San Michele de Murato, en Corse, que la serpentine fait étinceler d’éclats verts purs quand le soleil se couche.

J’aime à imaginer que les églises sont la matérialisation d’une parole, que leur agencement architectural répond à une grammaire précise, qu’elles épèlent l’Évangile par la pierre. Huysmans écrivait quelque part que certaines églises romanes incarnent la douceur et l’amour de Dieu dans leurs voûtes chaleureuses, tandis que Notre-Dame de Paris, monumentale et austère manifestation du gothique le plus massif, paraît être l’image du Dieu terrible et vengeur de l’Ancien Testament…

Lorsque nous partons en vacances entre amis, la visite des églises s’impose toujours comme une évidence, sans qu’aucun d’entre eux ne soit pourtant croyant. Chacun reconnaît dans ces édifices un patrimoine qui appartient à tous, et qui témoigne d’un souffle bien particulier, dont la manifestation dépasse la simple expression artistique : si nous préférons souvent aller à la plage plutôt qu’au musée, nous ne manquons en revanche jamais de rentrer dans la moindre église de village que nous croisons.

J’ai pu observer que les églises sont des lieux où même l’esprit le plus obtus se laisse atteindre par une vérité simple et claire, qui lui apparaît sitôt qu’il y pénètre. Je m’y rends désormais pour prier, mais je n’oublie jamais d’y retourner en simple visiteur, pour me laisser surprendre à nouveau et à chaque fois par cette puissante sensation. Les portails par lesquels on entre dans le calme grandiose de leurs nefs semblent ouvrir sur un royaume déjà annonciateur de l’éternité.

« Nous savons, en effet, que, si cette tente où nous habitons sur la terre est détruite, nous avons dans le ciel un édifice qui est l’ouvrage de Dieu, une demeure éternelle qui n’a pas été faite de main d’homme. »

(2 Co 5, 1)

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