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La droite sur le ring, la gauche au fond du trou

© Eric FEFERBERG / POOL / AFP
The candidates for the right-wing Les Republicains (LR) party primaries ahead of the 2017 presidential election, (LtoR) Bordeaux's Mayor Alain Juppe, former French prime minister Francois Fillon, Former French Agriculture minister Bruno Le Maire, French lawmaker Nathalie Kosciusko-Morizet, Former French President Nicolas Sarkozy, Head of the French Christian democratic party Jean-Frederic Poisson and French lawmaker Jean-Francois Cope attend the second televised debate of the right-wing Les Republicains (LR) party primaries on November 3, 2016 at the salle Wagram venue in Paris. / AFP PHOTO / POOL / Eric FEFERBERG
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Plus animé que le premier, le deuxième débat de la primaire à droite a esquissé ou évité les questions de fond. Quant à la gauche, elle le touche, le fond !

« Enfin un peu de castagne ! » se réjouit Le Parisien au lendemain du second débat de la primaire à droite, jeudi soir, 3 novembre, qui était pourtant supposée être « la journée de la gentillesse ». Mais le cadre était celui de la salle Wagram, théâtre autrefois de combats de boxe.  « Plus pugnaces que lors du premier débat, les sept candidats à la primaire de la droite et du centre se sont rendu coup pour coup, mais poliment et non sans humour. (…) »

« Un coup de fouet (…) salutaire a permis à ce débat de s’imposer comme le premier véritable moment de confrontation dans cette élection présidentielle anticipée. Parfois, il est vrai, au détriment du fond », regrette le Huffington Post.

Sarkozy sur la sellette mais pas désarçonné

« La température est montée », constate également Libération : « ( …) les concurrents se sont interpellés à de nombreuses reprises, Nicolas Sarkozy étant la première cible (…).»

« Si François Fillon et Alain Juppé ont tenté de prendre de la hauteur, Nicolas Sarkozy a dû ferrailler, batailler même, face à des Bruno Le Maire et Nathalie Kosciusko-Morizet très offensifs » souligne le JDD. « En revanche, Alain Juppé et François Fillon sont restés en retrait. Comme s’ils avaient signé un pacte de non-agression avec l’ancien chef de l’État… »

Les attaques qu’il a essuyées ont plutôt servi Nicolas Sarkozy, constate Les Echos en se basant sur le moteur de recherche Google : « (…) l’ancien président de la République a été le candidat dont le nom a le plus été « googlé » (…) Pour une fois, Nicolas Sarkozy devance Alain Juppé, mais pas sûr que cela se traduise par une tendance de vote. (…) » Quant aux thèmes : « c’est (…) l’Islam qui arrive en tête des mots clés recherchés par les internautes pendant le débat. La retraite et l’agriculture complètent le podium, suivis par l’économie et le chômage. Des thématiques fidèles aux priorités des Français exprimées dans les enquêtes d’opinion. »

Sécurité, terrorisme, fonction présidentielle, éducation

Les thèmes de la soirée étaient la sécurité, le terrorisme, la fonction présidentielle et l’éducation. La protection des policiers aura fait l’unanimité, constate le JDD : « Tous les candidats ont promis une réforme des règles de la légitime défense pour permettre aux policiers de faire plus facilement usage de leurs armes. Nicolas Sarkozy, soutenu sur ce point par Jean-Frédéric Poisson, défend « la présomption de légitime défense », car selon lui « le seul fait que le délinquant sorte son arme et pointe un représentant de l’ordre peut justifier l’usage par celui-ci, même si le délinquant n’a pas tiré, de son arme à feu ». »

En revanche, regrette Le Point, « les débats sur l’éducation, annoncée comme l’un des trois thèmes phares du deuxième débat de la primaire, ont été bâclés, faute de temps. Dommage. (…) on ne retiendra que deux points, sur lesquels, à quelques nuances près, les sept orateurs sont sensiblement d’accord (…) créer une rupture à la fin du CM2 en instaurant une évaluation empêchant l’entrée au collège d’élèves qui n’auraient pas les prérequis suffisants dans les matières fondamentales. Une mesure qui va complètement à l’encontre de celles mises en œuvre pendant le quinquennat de François Hollande (…) À l’exception de Nathalie Kosciusko-Morizet, qui veut conserver le collège unique, les autres candidats à la primaire de droite veulent y mettre fin. En recréant une barrière à la fin du CM2, Copé, Fillon et Poisson veulent lutter contre le décrochage scolaire et trouver un remède pour les 20 % d’élèves qui quittent le primaire en maîtrisant mal la lecture, l’écriture et le calcul. Nicolas Sarkozy va même plus loin en mettant une barrière dès la fin du CP, ne laissant ainsi pas passer en CE1 les élèves qui ne savent pas lire correctement. » Ajoutons que Jean-Frédéric Poisson a été le seul à remettre en cause le projet même de l’Éducation nationale en demandant un retour à l’Instruction publique, l’éducation étant la mission des parents, non de l’État.

« Réunion d’alcooliques anonymes »

C’est finalement une mauvaise note qu’administre aux débatteurs de ce mercredi soir Nicolas Gauthier sur Boulevard Voltaire : tous, à l’exception de Jean-Frédéric Poisson, relève-t-il, « ont participé, à des degrés divers, aux plus hautes fonctions de l’État ; pour ensuite nous expliquer ce qu’ils feraient si, d’aventure, ils étaient à nouveau au pouvoir. Et entreprendre demain ce qu’ils n’ont pas mis en œuvre hier (…) Le tout ressemble, finalement, à une sorte de réunion d’alcooliques anonymes. Où tout le monde s’appelle par son prénom. Où tout un chacun explique comment et pourquoi il a fauté et de quelle manière il entend se racheter. Après, dans le registre de la contrition, les rapports troubles entretenus par la France, le Qatar et l’Arabie saoudite, sans oublier nos équipées hasardeuses en Libye et en Syrie. Là, grand malaise sur le plateau, vu que tout le monde en a plus ou moins croqué, hormis Jean-Frédéric Poisson – one more time. »

Troisième et dernier débat, le 17 novembre.

Hollande/Valls, rien ne va plus

Leur poignée de mains devant les photographes sur le perron de l’Elysée avant le Conseil des ministres, mercredi matin, ne pouvait tromper personne. Rien ne va plus entre le président de la République et son premier ministre. « L’étincelle a été provoquée par la parution du livre Un président ne devrait pas dire ça, qui a isolé François Hollande au sein de la gauche et de sa majorité, résume BFMTV. Dans l’avion qui l’emmenait en Gironde fin octobre, le Premier ministre a dit sa « colère » à la lecture des confessions du chef de l’État, et la « honte » des militants socialistes ». »

Comment le président a-t-il pu se laisser aller à faire de telles confidences ? Dans Marianne, Eric Conan soutient une thèse originale : « Il les a encore bernés. Ils suivent pourtant François Hollande depuis des décennies. Au Parti socialiste. À Tulle. À l’Elysée. Ils savent qu’il calcule tout. (…) Ils n’ont pas compris qu’il se sert des journalistes pour s’adresser aux Français. Le titre du dernier livre en vogue dit tout : Un président ne devrait pas dire ça… Un candidat, si…François Hollande est en campagne et, loin de le « parasiter » ou de le mettre « en mauvaise posture », ce livre qui dément le président sert le candidat. » Un avis que partage Jean-Paul Brighelli dans Causeur : « Je ne crois pas un seul instant que la publication des confidences de Hollande soit une erreur (…) On ne se confie pas par erreur pendant plus de soixante entretiens à deux journalistes dûment convoqués… Ce livre lance donc une opération gagnant-gagnant : soit il donne, à force de démagogie, une authenticité populiste nouvelle à Hollande, qui sera de toute façon appuyé par son ancien parti, quoi qu’il leur fasse (et il le leur fait profondément), soit il lui fournit un prétexte pour se retirer sur l’Aventin, (…) et tirer les ficelles à distance, en parrain de la politique de centre gauche-droit dont il aura été, pendant cinq ans, le grand prédicateur. Et exterminateur d’un PS qui n’a plus rien à lui apporter … ».

Le fait est, constate Libération qui a assisté à un déjeuner-débat avec des « proches de Hollande » en province, que « tous sentent un François Hollande déterminé, ayant l’envie d’être candidat et d’en découdre. La défiance de Manuel Valls, les chiffres du chômage, le bilan oblitéré par la guerre des chefs à gauche : tout y passe. Les invités s’inquiètent aussi du débat médiatique qui ne tourne que sur la personnalité du futur candidat. Le chef de l’Etat soupire : « Et pourtant il y a encore tant à faire pour les Français.  » Les petites cuillères se suspendent en l’air. Sans confidences directes, les invités viennent de comprendre qu’il est donc question d’un deuxième mandat. Et repartent sur le terrain avec cette certitude. Mission accomplie pour Hollande. »

Sauve-qui-peut à l’Élysée

Mais laissons ces périlleux exercices d’exégèse aux  experts du hollandisme. Les Français jugent quant à eux, comme le patron de la CFDT Laurent Berger dans un entretien à Paris Match, ce livre « sidérant ». Dans le cercle rapproché du président, c’est le sauve-qui-peut : « L’Elysée se vide » constate encore Match : « A six mois de la fin du mandat, sur les 42 collaborateurs nommés en 2012, il n’en reste plus que 5. Pour remplacer les partants, Hollande est allé chercher chez ses plus anciens compagnons de route. » « Fragilisé par le livre de confidences, cerné par ses ennemis, le président est de plus en plus isolé, même s’il reste persuadé d’être le meilleur pour 2017 » observe Le Figaro. « François Hollande est un mort-vivant, dit le New York Times, le journal lu par la classe dirigeante mondiale. Mais Hollande fait comme s’il avait la défaite euphorique, comme s’il se dopait aux pires sondages » analyse François d’Orcival dans Valeurs Actuelles. « D’hommage en hommage, il ne cesse de parler de lui. (…) le 26 octobre, pour le centenaire de la naissance de François Mitterrand, il se voyait comme lui, « attaqué parce qu’il était la gauche, celle qui prétendait arriver au pouvoir et à y rester. » Y rester ! Ce qui l’enchante, en parlant des sondages, c’est de pouvoir rappeler qu’il a déjà connu le pire — les 3 % d’intentions de vote —, ce qui ne l’a pas empêché d’être élu à l’Élysée. Certes, mais ces 3 %, c’était à la fin 2010, dix-huit mois avant l’échéance de 2012. (…) Nous sommes à six mois de la présidentielle, à trois semaines de la primaire où la droite va désigner son candidat, qui sera en position de favori. Le problème du « mort-vivant » est que toutes les cartes sont étalées sur la table. Et qu’elles ne changent pas ».

Terrorisme : les oubliés de la République

Quand elle veut honorer les héros qui ont combattu les terroristes au péril de leur vie, la République manque souvent de tact. Ainsi la veuve et la fille de Franck Brinsolaro, le policier mort au cours de l’attaque de Charlie Hebdo, n’avaient pas été invitées, jeudi 3 novembre, par le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, à l’inauguration de la place que la ville de Marseille lui a dédiée. « Leur avocat, Me Philippe Stepniewski, ne cache pas son exaspération » souligne L’Express qui l’a interviewé : « Je n’ose penser que ces oublis sont en lien avec les questions que pose Ingrid Brinsolaro à la justice et au ministère de l’Intérieur depuis des mois. Elle ne se sent clairement pas soutenue par les autorités. Au moment de la mort de son mari, elle a eu des réactions, légitimes, qui étaient de chercher à comprendre. Je crois que le fait de chercher à comprendre dérangeait. » Finalement, devant le tollé, le ministère de l’Intérieur a rattrapé sa bourde in extremis

Autre amer constat, celui de « Sonia » (prénom d’emprunt) dont l’appel à la police a permis l’assaut du Raid, le 18 novembre 2015, contre l’appartement de Saint-Denis où se cachaient Abdelhamid Abaaoud et ses complices, les terroristes réchappés des attentats du 13 novembre. « Vivant recluse depuis lors, elle raconte dans un livre [ Témoin, de Sonia, avec Claire Andrieux. Ed. Robert Laffont] les coulisses et les conséquences inattendues d’un acte héroïque », rapporte Le Parisien dans une interview : « – À quoi ressemble votre vie aujourd’hui ? » – « À une prison à ciel ouvert. Je passe mes journées à regarder la télé. Je reçois de l’argent des autorités chaque mois, mais je touche moins que lorsque je travaillais. J’ai besoin de retrouver une vie sociale normale (…) ». Le cas de Sonia a entraîné le vote d’une loi prévoyant la création d’un statut de témoin protégé jusqu’ici réservé aux repentis. « Les décrets d’application tardent à être publiés, empêchant ma cliente de retrouver une vie normale « , insiste son avocate, M e Samia Maktouf, qui a aussi demandé à la justice que Sonia soit reconnue comme victime des attentats. » Pourtant, la France aura encore grand besoin de héros comme Franck et Sonia. Sur Europe 1, le 25 octobre, une dentiste irakienne ayant pu s’échapper de Mossoul témoignait avoir vu « des Français partout » dans les rangs de l’État Islamique.

 

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