La Critique

Jean d’Ormesson : « Je crois à une transcendance que nous avons le droit d’appeler Dieu. »

Dans son dernier ouvrage, l’académicien nous livre quelques secrets.

Jean d’Ormesson : « Je crois à une transcendance que nous avons le droit d’appeler Dieu. »

© MARTIN BUREAU / AFP

Son Guide des Égarés, que nous sommes tous, à un coefficient variable, en devient un manuel à la dimension réduite et au potentiel insoupçonné, quelque peu gâché peut-être, mais qui n’enlève rien au plaisir pris à la lecture de quelques formules et tournures élégantes.

Lorsqu’on est académicien, qu’on a plus de quatre-vingts ans, qu’on continue à produire des ouvrages qui traitent d’autre chose que des malheurs du monde et de la bêtise des croyants (thème récurrent depuis quelques années dans les essais vendus par caisses de dix mille), il ne vous reste pas grand-chose à développer dans un livre qui ne se veut pas traité de philosophie sans pour autant obéir aux canons du roman.

Le bonheur, le plaisir, la vie, Dieu…

Livre difficilement classable en cette rentrée littéraire, sa construction reste originale. Le lecteur est invité à entendre, à comprendre, à connaître, enfin, le sens profond que Jean d’Ormesson donne à de grands concepts ayant paisiblement, ou avec violence, jalonnés notre système de pensée occidental.

Le bonheur, le plaisir, la vie, Dieu, le temps sont autant d’entêtes pour les compositions d’écoliers espiègles qui suivront sur quelques pages. Un guide, une « exégèse des lieux communs » moins la verve de Léon Bloy, moins sa passion. Car les pages de Jean d’Ormesson, sensibles peut-être, résument ces termes et s’épargnent les complications et la rigueur qu’un tel traité devrait supporter.

Ce qui naît dans l’adolescence renaît dans la vieillesse

Pas de cabotinage gratuit non plus. On entend, au fil des pages, la voix d’un grand père confiant, en proie à des doutes enfantins. Ce qui naît dans l’adolescence renaît dans la vieillesse, et Jean d’Ormesson ne fait pas exception à la règle. Il hoquette, il tarde à convaincre, il pose des questions plus qu’il n’y répond, sans jamais prendre cet air autoritaire et dédaigneux propre à la littérature engagée. Ce petit guide là est l’extrême opposé d’une littérature imposant le progrès et l’existentialisme à ses lecteurs. Loin d’Annie Ernaux, des romanciers à la mode, notre cher académicien prend des pincettes pour écrire sans heurter et convaincre sans nécessairement émouvoir. Il est donc, de fait, dans la lignée des penseurs gratuits, publiés, ayant pignon sur rue, et qui ont compris la fin d’un monde et qui sans s’en réjouir, ne lui rétorque nulle injure, mais plutôt une condescendance amusante, le tout avec un dédain sucré d’ancien homme de cours.

Je crois à une transcendance que nous avons le droit et l’habitude d’appeler Dieu

Mais la République est là, elle sut donner aux mots un sens nouveau. Matraquons les enfants en leur assénant des vérités violentes, prenons de hauts les relents d’une civilisation en péril qu’il faut jeter au caveau, puis oublions la clé au fond d’un fleuve boueux.

Jean d’Ormesson, ici, n’écrit pas le récit du siècle. Il ne nous en voudra pas, il s’en défend lui-même, mais rien ne nous empêche de voir en lui la figure d’un vieil oncle charmant, dandy, rieur, cultivé et enjoué, qui, de plus, sait qu’il fait partie d’une Église qu’il respecte, en ce sens que la question du Dieu chrétien reste au centre de ses pensées : « Disons-le sans fard. Ne tournons pas autour du pot. Je crois à une transcendance que nous avons le droit et l’habitude d’appeler Dieu et qui donne enfin un sens à l’univers et à notre vie. ».

© Gallimard
© Gallimard

Guide des égarés, par Jean d’Ormesson, Gallimard, 2016, 14 euros.

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