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L’art de savoir se taire !

© tanja-vashchuk/ Shutterstock
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Parfois, tenir sa langue est un acte de miséricorde.

La récente encyclique du pape François, Amoris Laetitia (La joie de l’amour), parfois sujette à controverse, a marqué les esprits. En cause notamment un extrait du chapitre 4, « L’amour dans le mariage », une exégèse édifiante de la Première Lettre aux Corinthiens, texte très souvent lu lors des messes de mariage justement.

« L’amour excuse tout » 

Dans ce texte, la réflexion va d’ailleurs au-delà du cadre du mariage. Il est avant tout question de miséricorde. L’amour durable dont saint Paul parle, et qu’il considère comme la plus grande des vertus, cet amour est sensé être une valeur applicable à toutes nos relations humaines. C’est la raison pour laquelle la réflexion du Pape concernant la phrase : « L’amour excuse tout », m’a vraiment frappée. (Amoris Laetitia, paragraphes 112-113)

En premier lieu, il est dit que l’amour « excuse tout » (panta stégei). Cela est différent de « ne tient pas compte du mal », parce que ce terme a un rapport avec l’usage de la langue ; il peut signifier « garder le silence » sur le mal qu’il peut y avoir dans une autre personne. En défendant la loi divine, on ne doit jamais perdre de vue cette exigence de l’amour.

Éviter de mettre le feu 

La suggestion, en cette année jubilaire, de tenir sa langue pour faire preuve de miséricorde, n’est donc pas simplement optionnelle mais serait plutôt une « exigence de l’amour ». Très souvent, bien plus que je ne voudrais l’admettre, faire preuve d’amour équivaut à se taire. Ce n’est pas nouveau. Dans la Lettre de Saint Jacques Apôtre, le pouvoir destructeur du discours irrespectueux et perfide qui régnait au sein des premières communautés chrétiennes est traité sans ambages.

De même, notre langue est une petite partie de notre corps et elle peut se vanter de faire de grandes choses. Voyez encore : un tout petit feu peut embraser une très grande forêt. La langue aussi est un feu ; monde d’injustice, cette langue tient sa place parmi nos membres ; c’est elle qui contamine le corps tout entier, elle enflamme le cours de notre existence, étant elle‑même enflammée par la géhenne. De nos jours, nous pourrions ajouter à notre langue nos doigts qui tapent sur le clavier et nos pouces qui envoient des textos. Ils sont tout aussi susceptibles de mettre le feu et de distiller la malice dans nos vies.

Quelques situations où il faudrait se taire…

Voici un échantillon des nombreuses situations où il faudrait vraiment que j’apprenne à tenir ma langue (et que je me repente quand je ne le fais pas !)

  • Quand il faut à tout prix que j’ai le dernier mot : Qu’il s’agisse d’une petite chamaillerie en famille pour savoir qui doit mettre la table ou d’un débat politique sur Internet, je sais rarement m’arrêter. Mais en matière d’amour et de miséricorde, on ne compte pas les points (sinon, à quel niveau de péché serions-nous ?). Personne (personne !) n’a raison à tous les coups, et les choses dont on débat âprement sont rarement significatives. On ne dit pas « bon perdant » par hasard. Quand on perd sans broncher, on fait preuve de bonté.
  • Quand je tiens un savoureux potin : Le pape François estime que le commérage est empreint d’une « joie obscure », surtout quand il concerne une personne que l’on n’apprécie pas. J’avoue que parfois, l’envie de parler ragots me prend aussi fort qu’une grosse envie de chocolat. Mais dire du mal des gens ou divulguer de fausses rumeurs, c’est comme balancer une vile allumette dans un champ bien sec. Une anecdote célèbre raconte que saint Philippe Neri a un jour conseillé à un homme qui appréciait beaucoup les racontars de quartier de prendre un coussin, de l’éventrer en plein vent et d’essayer ensuite de récupérer les plumes éparpillées partout. C’est impossible, au même titre qu’il est impossible de mesurer les conséquences de nos commérages. Tenir ma langue « de commère » implique donc de ne pas écouter ni lire les potins qui m’entourent.
  • Quand j’ai l’impression d’être plus futée que les autres : J’ai grandi dans le genre de familles où l’amour était exprimé plutôt par le biais du sarcasme que de la tendresse. On s’envoyait des piques en permanence, cela nous « endurcissait ». Du coup, je distille parfois des remarques acides sans vraiment le vouloir, et cela a pu me porter préjudice dans mes relations aux autres. Dans la comédie shakespearienne Beaucoup de bruit pour rien, les amants querelleurs s’épuisent mutuellement à coups de taquineries. « Ô Dieu », s’exclame Benedick (jamais en reste en matière de sarcasme lui non plus) à propos de Béatrice : « Seigneur, vous avez céans un mets qui n’est pas de mon goût ; je ne puis souffrir madame Caquet. » À mon avis, il est trop tard pour que je ne mange plus jamais de ce pain-là. Mais je peux essayer d’arrêter d’user du sarcasme à toutes les sauces.
  • Quand j’essaie juste d’aider les autres, quoi ! C’est un piège dans lequel nous sommes nombreux à tomber. Dès qu’une de nos connaissances est silencieuse, triste ou dans le besoin, on l’abreuve d’un flot de paroles pour essayer de l’aider. Pourtant, dans la plupart de ces situations, la vraie aide consiste à se taire et à prêter une oreille attentive et miséricordieuse. Au lieu de ça, je réagis trop souvent en envoyant une flopée de liens vers des sites médicaux, en proposant d’aller voir un pseudo psychologue ou (encore pire), en racontant comment l’expérience que j’ai vécue a été finalement bien pire. Chacune de ces façons de répondre est en fait un manque de respect envers la personne que j’essaie d’aider. Il me faudrait peut-être une petite note sur mon bureau qui me rappelle de me taire et de prier. Oui, moi, maintenant.

Pendant cette année de la miséricorde et je l’espère aussi après, je vais essayer d’être plus vigilante. Je vais essayer de davantage tenir ma langue et de me taire quand il le faut. Pourriez-vous prier à cette intention ? Oui, vous, maintenant.

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