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Transhumanisme : la société se laisse tenter

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Franck Damour nous avertit sur les dangers de l'homme semi-robot.

Franck Damour, agrégé d’histoire encore jeune, a trouvé jusqu’ici le temps, en marge de son enseignement, de diriger la revue d’Art Nunc, de contribuer aux revues Christus et Études, et de publier trois ouvrages consacrés à des questions religieuses, notamment à l’orthodoxie. Dans le présent livre, il a réuni une documentation importante sur un mouvement qui se situe à l’opposé de ses préoccupations habituelles et qui lui inspire de vives inquiétudes. Il porte le nom, ignoré de la plupart des Français, de transhumanisme.

De par le vaste monde, mais notamment en Californie, au fond de la Silicone Valley, des savants, ingénieurs et techniciens cultivent les nanosciences, manipulent la matière minérale au niveau de l’atome et la matière vivante au niveau des gènes, et en tirent des applications techniques encore inconcevables il y a peu de décennies, au point de s’imaginer qu’ils accélèrent l’Évolution et créent une nouvelle espèce d’hommes.

Selon l’affirmation de Pascal – cité par Damour – L’homme passe l’Homme. Il est vrai que du néolithique à nos jours, la volonté de se surpasser, de réaliser l’impossible, a poussé l’Homo sapiens à inventer des outils et des machines, à lancer dans l’espace des architectures gigantesques, à faire voler des objets « plus lourds que l’air », etc. Il continue avec des moyens nouveaux voilà tout ! Quelle ménagère se plaindrait de ne plus faire la lessive à la cendre de bois et à la rivière, et de confier cette tâche à un robot appelé « machine à laver » ? Quel amputé se plaindrait d’avoir des prothèses de plus en plus semblables à des membres véritables ? La médecine a toujours eu pour but de guérir et de permettre de vivre longtemps et en bonne santé. Si on peut prévenir une maladie génétique par un travail sur l’embryon, pourquoi ne pas le faire ? Où est le problème ?

Le « surhomme » sans cœur

Le problème est dans l’idéologie ou, pour mieux dire, la nullité idéologique, l’absence de philosophie véritable dans laquelle se développe cette utopie. Le transhumaniste (désormais le T.) ne voit d’autre sens à la vie humaine que sa prolongation aussi longue que possible : deux siècles ? trois siècles ? mille ans ? et après ? Eh ! bien une connexion entre un ordinateur et cet autre ordinateur naturel qu’est le cerveau humain devrait permettre de transférer un esprit humain sur un robot, ce qui  donnerait à Homo non l’ »immortalité » mais une sorte d’ « a-mortalité » .

Le T., s’il en a entendu parler, tient pour une vieille baliverne la « vie éternelle » promise par le Christianisme, dont bien des expériences mystiques confirment pourtant la vérité de foi. Du passé, il fait table rase. Confiant dans sa seule technique, il ne pense qu’à l’avenir merveilleux d’un Nouvel Âge. Il ne se demande pas ce qu’Homo pourra bien faire pendant cette longue durée, pourvu qu’il vive dans le « bien-être ». Il lui donne la possibilité de se « surpasser » au moyen d’implants électroniques qui le dispenseront du pénible travail de soi sur soi-même qu’exigeaient les progrès antérieurs. Il en fera un semi-robot, et il ne désespère pas de créer un robot doué d’un super-cerveau dépassant le nôtre en performances. Un cerveau capable de calculs vertigineux et programmé pour choisir entre diverses stimulations ? peut-être. Mais un cœur ? Ce centre profond des intuitions, des sentiments et de la volonté ? C’est une autre affaire…

Il ne lui vient pas à l’idée que si la vie nous est si précieuse c’est justement parce qu’elle est brève, que le temps nous est compté, et qu’elle est d’autant plus tragique, donc d’autant plus intéressante, qu’elle est une épreuve, que nos choix ont de l’importance et nous permettent d’accéder, peut-être, à une certaine participation à la vie divine.

Homo, dans cette utopie, est un pur individualiste qui n’aspire qu’à l’épanouissement de sa personne. Dans la conception du transhumaniste tout ce qui est culturel, sportif, génétique, tout ce qui, en somme, pourra occuper Homo pendant sa longue vie, relève du divertissement. Ah ! Quel ennui ! C’est la voie directe pour le « suicide assisté ».

Vers une société sans critères moraux ?

Aura-t-il des occasions de se dévouer pour ceux qu’il aime ? Bien sûr que non ! De tels efforts lui seront épargnés et en même temps toute raison de vivre. Aimer son prochain comme soi-même ? Mais il n’a pas de prochain, parce qu’il n’a pas de famille, pas de patrie. C’est que la grande espérance de T, c’est l’exogenèse. Les femmes seront libérées de la grossesse et de l’accouchement, et les enfants conçus dans des éprouvettes et développés dans des utérus artificiels, seront, bien sûr, élevés par la société. D’où l’inutilité de conserver la différence entre les sexes.

Ce qui est grave c’est que cette idéologie est prise au sérieux, que sa propagande et ses réalisations sont soutenues par les États, à commencer par les USA suivis par l’Union européenne, et qu’on voit se profiler, pour encadrer tous ces individus, une société parfaitement totalitaire. Tout savant-ingénieur-technicien veut explorer jusqu’au bout toutes les possibilités de sa technique ? Oui, c’est normal. Toutes les réalisations de ces possibilités sont-elles souhaitables ? C’est une question à laquelle les transhumanistes ne répondent que par le choix libre des individus. Quels critères moraux guident ces choix ? Aucune réponse. C’est pourquoi il est urgent de prier pour que le Ciel nous envoie un nouveau Thomas d’Aquin, un grand philosophe et théologien capable de repenser la destinée humaine en y intégrant les questions très réelles que pose le transhumanisme.

 

La tentation transhumaniste de Franck Damour © Éditions Salvator

  La tentation transhumaniste, de Franck Damour. Éditions Salvator, 160 pages, 16 euros.

 

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