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Le grand entretien (1/2). Charles Beigbeder : « Ce qui fait le plus défaut aujourd’hui, c’est l’amour charnel de la France »

Portrait de Charles Beigbeder © Charles Beigbeder
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Pour en apprendre un peu plus sur les fondements de sa nouvelle République...

Charles Beigbeder est entrepreneur et homme politique. Il a récemment publié, en collaboration avec Benoit Dumoulin, un livre qui invite à repenser notre conception de la laïcité et à poser les fondements d’une nouvelle République : la République de France. Entretien avec les deux auteurs.

Aleteia : Pourquoi ce titre, « Charnellement de France  » ? Est-ce une référence à Charette, qui affirmait « Pour eux, la Patrie semble n’être qu’une idée, Pour nous, elle est une terre. Ils l’ont dans le cerveau ; Nous, nous l’avons sous les pieds » ? Est-ce une façon d’aimer la France ?
Charles Beigbeder : Ce n’était pas en pensant à Charette mais à Péguy que nous avons conçu le titre de cet ouvrage mais il en aurait très bien pu être ainsi car ce qu’affirme Charette correspond tout à fait à notre conception de la nation. À la seule différence près que nous avons la France à la fois dans le cerveau et sous les pieds, nous l’aimons à la fois rationnellement et charnellement. Nous ne voulons pas opposer la raison aux sentiments. Mais, il est évident qu’en cette période d’affaiblissement du sentiment national, ce qui fait le plus défaut aujourd’hui, c’est cet amour charnel de la France. Respirer la France par tous les pores de sa peau signifie l’aimer dans sa chair comme dans son âme, la chérir pour ce qu’elle est, dans la beauté de ses paysages qui gardent l’empreinte des générations passées ou dans l’imaginaire qu’évoque en nos cœurs la mémoire de ses hauts faits. « L’amour de la France n’est pas seulement intellectuel et culturel, il est charnel » affirme à juste titre Natacha Polony.

Contrairement à beaucoup, de droite comme de gauche, qui considèrent que la crise que traverse actuellement la France est sociale, vous affirmez qu’elle est avant tout identitaire. Pourquoi ?
Je ne nie aucunement l’ampleur de la crise économique et sociale, notamment les ravages qu’elle provoque chez une partie de nos concitoyens qui basculent dans la précarité. Pour autant, je maintiens que la menace principale est d’un autre ordre et renvoie à des questions fondamentales : Qui sommes-nous ? Quel héritage voulons-nous transmettre aux nouvelles générations ? Comment nous positionner par rapport aux flux migratoires qui modifient en profondeur le visage de la France depuis quarante ans ? La droite qui a longtemps sombré dans l’économisme, par peur d’aborder ces thématiques, ne doit désormais plus se dérober. L’économie est importante mais elle ne concerne que le domaine de l’avoir. L’identité est beaucoup plus fondamentale car elle se rattache au domaine de l’être, à ce qui nous constitue en profondeur et qui est beaucoup plus fragile que l’avoir.

Comment se manifeste l’abandon de l’héritage judéo-chrétien, celui-là même qui a forgé notre identité ?
Il se traduit avant tout dans le discours, par exemple quand Pierre Moscovici affirme ne pas croire aux racines chrétiennes de l’Europe. Personne ne lui demande d’y croire et aucun acte de foi n’est requis à l’égard d’un fait historique qui relève de la simple évidence. Son propos est très révélateur d’un déni de notre identité émanant de toute une élite qui éprouve un profond dégoût pour notre histoire et souhaite que la France se perde dans des ensembles plus vastes tels que l’Europe ou le monde. C’est ce que nous appelons dans notre ouvrage « la haine de soi », qui conduit à une « tyrannie de la pénitence » pour reprendre l’expression de Pascal Bruckner. Ceci débouche logiquement sur une forme d’amnésie collective savamment entretenue par des idéologues pour qui il est préférable de parler des fêtes de fin d’année ou des vacances de printemps au lieu d’évoquer Noël ou Pâques. C’est presque psychiatrique de se renier à ce point !

Propos recueillis par Jean Muller

Charnellement de France de Charles Beigbeder et Benoit Dumoulin © Pierre-Guillaume de Roux

 Charnellement de France de Charles Beigbeder et Benoît Dumoulin. Éditions Pierre-Guillaume de Roux, 242 pages, 22 euros.

 

 

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