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Est-il dangereux de se rendre aux JMJ ?

© Jean Matthieu GAUTIER/CIRIC
19 août 2011 : Contrôle de sécurité pour accéder à la zone où se déroule la Via Crucis avec BXVI lors des JMJ 2011, Paseo de Recoletos, Madrid, Espagne. 2011 August 19th : Via Crucis with BXVI during WYD 2011, Paseo de Recoletos, Madrid, Spain
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"Il est nécessaire que nous soyons présents à Cracovie, au nom de ceux qui vivent dans la peur au jour le jour", confie le frère Szymczak.

« Nous alertons les citoyens américains du risque d’attentats terroristes à travers l’Europe », peut-on lire dans le communiqué publié par le département d’État américain le 31 mai 2016 à l’attention des voyageurs qui voudraient se rendre en Europe cet été. Le document se réfère principalement aux menaces qui pèsent sur le Championnat d’Europe de football et sur le Tour de France, mais fait aussi mention des JMJ à Cracovie, en Pologne.

Concernant les événements sportifs ayant lieu en France, les autorités américaines font explicitement état « de cibles potentielles pour les terroristes » alors qu’au sujet de l’événement polonais, elles ne font que mentionner les mesures de sécurité exceptionnelles mises en œuvre par les autorités locales et qui conduiront vraisemblablement les voyageurs à subir des contrôles plus fréquents et plus poussés qu’à l’ordinaire. Néanmoins, le fait même que les JMJ soient mentionnées dans un communiqué d’alerte peut être source d’inquiétudes et cela a, en toute logique, provoqué une réaction de la part des autorités polonaises et des organisateurs.

Il n’y a pas de signes d’augmentation de la menace terroriste

Le ministère de l’Intérieur et de l’Administration polonais a commenté ce communiqué en faisant observer que pendant toute la durée des JMJ, la Pologne allait imposer des contrôles à tous les points d’entrée sur le territoire. Pendant cette période, tout visiteur devra s’attendre à montrer ses papiers d’identité et à subir des contrôles stricts, et ce à travers toute la Pologne. Une interdiction de port d’armes sera mise en place. La sécurité des pèlerins sera prise en charge par pas moins de vingt milles officiers de police, plus de 2 400 pompiers, 800 officiers de la Sûreté de l’État et 1500 gardes-frontière. Le ministère assure que la sécurité sera assurée non seulement pendant la semaine des JMJ à Cracovie mais aussi pendant les événements qui auront lieu dans les différents diocèses à travers le pays.

Le cabinet du Premier ministre a adopté lui aussi un discours non alarmiste. Dans sa déclaration, il assure qu’à ce jour il n’y a pas d’augmentation des activités terroristes en Pologne. Il ajoute que les autorités polonaises chargées de l’application de la loi travaillent en collaboration avec leurs homologues au sein de l’OTAN. Si l’on en croit le cabinet du Premier ministre polonais, l’alerte émise par les Américains est « de l’ordre d’une procédure habituelle et n’est pas fondée sur des données qui feraient acte d’attaques programmées sur le sol polonais ».

La sécurité est la priorité n°1 des organisateurs

« Nous n’allons pas nous laisser intimider », a annoncé Mgr Damien Muskus, OFM, le coordinateur général du comité d’organisation des JMJ, à la presse réunie à Cracovie le 1er juin. Interrogé à propos de l’alerte émise par le département d’État américain, il a rappelé que les JMJ de Toronto en 2002 avaient eu lieu quelques mois seulement après les attentats du 11 septembre à New York. « À l’époque, les JMJ ne furent pas annulées et il n’y eut pas de baisse radicale du nombre de participants. J’ai confiance dans le fait que tout soit mis en œuvre pour que les JMJ de Cracovie se tiennent dans un climat sûr et sécurisé. Nous espérons une grosse affluence. Nous voudrions, à l’occasion de ce rassemblement, proclamer notre foi, exprimer notre joie et surtout, montrer que nous ne fléchirons pas et ne nous laisserons pas intimider. C’est extrêmement important à nos yeux. »

Fr. Przemysław Śliwiński, le porte-parole de l’archidiocèse de Varsovie, appelle à faire preuve d’un sain réalisme. Selon lui, il ne sert à rien de céder à la panique : la sécurité des JMJ est entre les mains de nombreux services qualifiés, et elle est la priorité n°1 des organisateurs. D’un autre côté, il serait naïf de croire que rien ne peut arriver. Dans une interview à Aleteia, il fait remarquer que « si on nous conseille de faire attention, c’est qu’une forme de menace peut exister. Va-t-elle, pour autant, se transformer en réel danger ? »

À cela, il répond par une image : « Prenons le cas d’une maladie à laquelle sont exposées les personnes d’une certaine classe d’âge appartenant à une certaine communauté, ayant telle ou telle prédisposition génétique. Que faire dans cette situation ? On ne pense pas réellement qu’on va tomber malade nous aussi. Mais on fait des tests, on évite les comportements à risque etc. Il suffit d’être prudent et attentif à ce qui nous entoure pendant les grands rassemblements, de se conformer aux procédures de sécurité et de signaler tout comportement suspect aux forces de l’ordre. »

« En tant que disciples du Christ, nous avons un rôle important à jouer »

Fr. Jacek Szymczak, de l’Agence d’information catholique polonaise, fait lui aussi référence aux JMJ de Toronto, auxquelles il a lui-même participé. Il se souvient qu’à l’été 2002, le monde était encore très marqué par les attaques qui avaient eu lieu moins d’un an auparavant et que les médias avaient prédit l’échec des JMJ. « Très vite, il s’est avéré que cette foule de jeunes, enthousiastes et souriants, avait balayé ses peurs. Ils ont donné tort à tous ceux qui avaient voulu garder leurs distances et n’avaient pas confiance en l’avenir. Nous avons prouvé, et pas seulement aux Canadiens, que le bien était plus fort que le mal. Notre présence là-bas a montré une image totalement différente du monde contemporain. Nous leur avons donné l’espérance, et ils nous en furent très reconnaissants », témoigne le frère dominicain.

Il ajoute qu’aujourd’hui, 14 ans plus tard que le monde a besoin d’un témoignage comme celui-ci . Des millions de personnes vivent dans l’angoisse du lendemain, dans un sentiment de peur et de frustration. « Qui, sinon les chrétiens, peuvent leur redonner espoir ? », fait-il observer. Il souligne que notre présence à Cracovie n’est pas seulement une rencontre avec le Pape, avec la culture polonaise et la jeunesse du monde entier. Ce n’est pas juste une grande fête. « En tant que disciples du Christ, nous avons un rôle important à jouer, nous devons montrer au monde que notre foi en Dieu nous donne une espérance à laquelle tant de gens aspirent. Le Pape n’est pas le seul à attendre notre venue. Il est nécessaire que nous soyons présents à Cracovie, au nom de ceux qui vivent dans la peur au jour le jour, et de ceux qui ont oublié ce qu’était la joie. Nous leur devons d’être là », conclut Fr. Szymczak.

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