Témoignage

Frère Marie, de l’athéisme à la vie monastique à l’abbaye de Lerins

Après une conversion fulgurante, il a décidé de tout donner à Dieu.

Frère Marie © Abbaye de Lerins

Frère Marie © Abbaye de Lerins

Lorsque Frère Marie est né, ses parents l’ont nommé Alain. Sa famille était protestante mais pas pratiquante. Alain a été baptisé mais n’a pas eu d’éducation religieuse. Mis à part pour sa grand-mère, une certaine défiance vis-à-vis de la religion s’était installée dans sa famille : « La religion était vue comme un obscurantisme », analyse-t-il. L’image institutionnelle et extérieure de l’Église était devenue, pour le jeune adolescent, un frein au développement de sa foi.

« Ma grande quête d’idéal me montrait les limites d’un monde matérialiste »

En grandissant, Alain commence à se poser des questions existentielles et philosophiques : « Ma grande quête d’idéal me montrait les limites d’un monde matérialiste. J’avais soif d’un monde spirituel et vrai ». C’est ainsi qu’il s’intéresse à tout ce qui passe, ce qui lui permet de former une réflexion plus spirituelle. Dans un premier temps, il s’intéresse aux communautés alternatives « écolo ». « À un moment, j’ai cru avoir trouvé un tissus communautaire et fraternel », se souvient-il. Or, très vite, arrive la désillusion : « Le côté spirituel était quasi absent et sous le vernis régnait le chacun pour soi. Toute communion entre les membres était absente ». C’est cette prise de conscience qui le fait reprendre son chemin spirituel.

Rentré athée dans une église, il en sort croyant

C’est ainsi qu’Alain fait la connaissance d’un groupe de personnes en quête de foi. Ensemble, ils sympathisent et décident de partir un an en Afrique subsaharienne, dans un village chrétien avec une minorité musulmane : « C’est là bas que j’ai rencontré le Seigneur », raconte-t-il. Dans ce village, il fait la connaissance de personnes « ouvertes » et de familles « très croyantes ». Touché par celles-ci, il chemine progressivement. À Noël, Alain va à la messe pour la première fois  : « J’avais l’habitude de visiter les églises, mais pas de participer à l’Eucharistie », confie-t-il. Dans ce petit village, en dehors de la culture française, il se sent plus libre de vivre sa foi. Durant la messe, dite par un missionnaire, des baptêmes sont célébrés. C’est alors que « le Christ lui tombe dessus ». Rentré athée, Alain sort de l’église croyant.

« Ma vie n’a de sens que si je la donne à Jésus Christ »

Quand Alain rentre en France, il a beaucoup changé. Une certitude est ancrée en lui :  « Ma vie n’a de sens que si je la donne à Jésus Christ » ; à celle-ci s’ajoute un désir : celui d’accompagner des personnes qui, comme il l’a vécu, cherchent Dieu. À ce moment-là, il ne sait pas encore s’il était appelé à suivre le Christ en tant que laïc ou consacré. Pour y voir un peu plus clair, il décide de se faire accompagner spirituellement, se lance dans des études de théologie et reçoit la confirmation. Dans le même temps, il se rapproche de la communauté des moines cisterciens de l’île de Lerins. Au contact des frères, il découvre le rythme de la prière des heures, leur vie communautaire : « Le partage de la vie fraternelle, du travail et de la prière offrait un style de vie solide pour le Christ ». Seulement, en dehors de la clôture, il lui est difficile de connaître les frères qui pourraient être les siens. Chacun est dans son silence. Malgré cette opacité, au fond de lui, il perçoit que cette vie lui correspondrait. Très vite, « cela m’a donné envie de m’engager ».

« Dans la vie monastique, on traverse toute son épaisseur humaine »

À 31 ans, Alain devient Frère Marie. Il rentre chez les cisterciens un an après son retour d’Afrique. Aujourd’hui, il a « l’impression d’être arrivé hier ». Maître des novices durant 13 ans, il est actuellement frère hôtelier. Un joli clin d’œil à son aspiration de jeune homme : fonder une maison d’accueil pour ceux qui cheminent spirituellement. Avant cela, il est passé par tous les stades de maturation de la vie monastique : « J’ai  traversé des zones d’ombre et de lumière, des zones belles et d’autres moins. Dans la vie monastique, on traverse toute son épaisseur humaine », affirme humblement le frère. Chaque année, il voit passer 3 000 à 4 000 personnes au monastère. Des innombrables visages qu’il accueille et qui ont chacun des « histoires différentes ». Souvent, il rencontre chez ces personnes des  questions qui l’habitaient avant sa conversion : « Beaucoup de ceux qui passent à l’hôtellerie redécouvrent la foi », raconte-il . C’est ce qui l’amène aujourd’hui à vivre « plus d’amour et de miséricorde ».