Spiritualité

Un chant qui sauve l’âme : le grégorien

Antoine de Saint-Exupéry voulait "rendre aux hommes des inquiétudes spirituelles" : "faire pleuvoir sur eux quelque chose qui ressemble à un chant grégorien"...

© BERND THISSEN / AFP

Et même l’auteur lui-même ne savait sans doute pas à quel point son désir était bon ! Le chant grégorien est le chant propre de la liturgie de l’Église catholique romaine. Légué par une longue tradition, ce répertoire musical, que le concile Vatican II qualifie de « trésor d’une inestimable valeur », est composé principalement à partir de versets de la Bible dans sa version latine. C’est à Dom Guéranger, refondateur de l’abbaye de Solesmes (Sarthe) et restaurateur de l’ordre bénédictin en France, que l’on doit l’initiative de la restauration du chant grégorien d’après les manuscrits, les recherches et les restitutions ayant pour but l’édition de livres liturgiques afin que, selon le souhait du saint pape Pie X, chacun puisse « prier sur de la beauté ».

Un médecin français, d’origine italienne par un père chanteur d’opéra, a puisé dans ce trésor des moines. Il s’agit du Dr Alfred Tomatis (1920-2001), connu pour avoir remis à l’honneur les effets de la musique de Mozart et être l’inventeur de l’Oreille électronique. En effet, l’oreille possède les fonctions d’écoute, d’équilibre et de recharge du cerveau. C’est donc par elle qu’il est possible de rétablir l’ordre nécessaire au bien-être de l’homme puisque « l’oreille est une voie royale, non seulement du langage, mais de tous les processus d’adaptation de l’homme à lui-même et à son environnement ».

Son travail sur l’oreille et la voix l’amène à étudier les sons et leurs effets sur l’homme. Considérant le Son premier qui succéda au Big Bang et continue à se répandre dans les cieux sous forme d’une « symphonie orchestrée par le Créateur de toutes choses et exécutée par un chœur dont le chant échappe à l’oreille humaine », il s’intéresse à la relation entre le son et le sacré.

Le son est source d’énergie et le Logos vecteur de sens. Un son n’est donc pas sacré en soi mais c’est la manière dont il est exprimé qui en détermine son caractère sacré. Comment permettre à l’homme de se relier au Cosmos ? Où trouver la qualité de son capable d’obtenir des effets bénéfiques sur lui ? Autant de questions qui conduisent Tomatis à l’abbaye de Solesmes, car pour lui « le grégorien est [le son] dont on peut prétendre qu’il prépare le mieux l’âme à s’ouvrir à Dieu ». Il choisit dès lors de l’utiliser et remarque « d’emblée, que le sujet se sent plus tonique, en même temps qu’il se redresse et retrouve effectivement sa verticalité », et ce de manière systématique.

Après des années de pratique et d’observation, ce médecin pourra même certifier : « Le chant grégorien ne guérit pas, il sauve ».

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Pour aller plus loin : Écouter l’univers. Du Big Bang à Mozart : à la découverte de l’univers où tout est son d’Alfred Tomatis. Robert Laffont, 1996, 21,50 euros.