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La Chine provoque la colère des Tibétains en voulant nommer le prochain dalaï-lama

"Ce serait comme si Fidel Castro choisissait le prochain Pape !", a ironisé le Premier ministre des Tibétains en exil, Lobsang Sangay.

La Chine provoque la colère des Tibétains en voulant nommer le prochain dalaï-lama

© BEN STANSALL / AFP

Alors que l’actuel dalaï-lama a fêté ses 80 ans en 2015, le régime chinois ne cesse d’affirmer son droit à choisir le leader religieux du bouddhisme tibétain. Les autorités chinoises cherchent en effet à s’assurer le contrôle des religions en Chine.

Leader politique des Tibétains en exil depuis que le dalaï-lama a renoncé à ce rôle en 2011, Lobsang Sangay a dénoncé l’ingérence du pouvoir chinois dans le processus de réincarnation, lors d’une vidéoconférence devant l’organisation non gouvernementale (ONG) Freedom House (maison des libertés), à Washington D.C., le 11 février dernier. « La situation au Tibet reste sombre, entre oppression et répression, et sans espoir d’une quelconque amélioration dans un futur proche », a-t-il regretté.

Les images du dalaï-lama interdites en Chine

Dans le rapport annuel de l’ONG sur les libertés dans le monde, seule la Syrie devançait le Tibet sur la liste des pires pays au monde. L’ONG considère la situation du Tibet bien plus grave que celle du reste de la Chine et même devant celle de la Corée du Nord. « Les autorités chinoises ont du mal à combattre la vénération des Tibétains pour le dalaï-lama », note le rapport. Dans les zones tibétaines des provinces limitrophes du Tibet, le dalaï-lama jouit effectivement d’un grand respect, y compris auprès de Tibétains travaillant pour le gouvernement, a pu constater Églises d’Asie.

La question du dalaï-lama est particulièrement sensible en ce moment. Dans la région autonome du Tibet, les autorités avaient ordonné la destruction de tous les portraits du prix Nobel de la paix avant le 2 février dernier. Les images du représentant religieux, considéré comme un « terroriste » par les autorités, étaient déjà interdites en Chine mais actuellement la police se montre plus ou ferme pour faire respecter cette interdiction.

La prière collective plus efficace que la prière individuelle dans la tradition bouddhiste 

Début février, deux moines respectés ont été arrêtés, accusés d’avoir organisé des prières collectives pour la santé du Dalaï-lama. Ce dernier venait d’être admis dans une clinique américaine pour un problème de prostate. La clinique a depuis assuré qu’il était au repos, mais en bonne santé. L’agence Asianews rapporte aussi que des fidèles tibétains se rassemblent sur des forums internet pour prier ensemble pour leur leader, à l’insu des autorités. La tradition bouddhiste veut en effet que la prière collective soit plus efficace que la prière individuelle.

Pékin espère mettre fin à 70 ans de résistance des Tibétains en nommant un futur dalaï-lama à sa botte. Pour le petit frère du dalaï-lama, Tenzin Choegyal, la résistance du Tibet et le mouvement des Tibétains en exil « seront terminés le jour où Sa Sainteté quittera ce monde », rapporte le New York Times dans un article de décembre.

Le plus jeune prisonnier politique au monde est Tibétain

Le conflit sur la nomination de l’éventuel 15ème Dalaï-lama se poursuit depuis que l’actuel détenteur du titre, Tenzin Gyatso, a déclaré qu’il pourrait bien ne pas se réincarner.

Une annonce plus politique que théologique, puisqu’il répondait aux prétentions de Pékin de choisir son successeur. Les autorités chinoises considèrent l’actuel dalaï-lama et sa « clique » qui désigne le gouvernement tibétain en exil à Dharamsala (Nord de l’Inde), comme des « séparatistes », voulant attenter à l’unité de la Chine.

Un précédent a pourtant de quoi inquiéter. En 1995, le « panchen-lama », un garçon de 6 ans tout juste désigné par les autorités religieuses tibétaines, avait été enlevé par Pékin avec sa famille. Il était devenu le plus jeune prisonnier politique au monde. Après avoir choisi un autre enfant du même âge pour devenir panchen-lama, la Chine avait assuré suivre une tradition remontant à la dynastie des Qing, selon laquelle Pékin a le dernier mot quant au choix des leaders spirituels tibétains. En septembre dernier, les autorités chinoises ont assuré pour la première fois que Gendun Choekyi Nyima, le Panchen Lama désigné par les Tibétains, « vivait une vie normale » et « ne souhaitait pas être dérangé ».

Pékin applique sa stratégie

Pour avancer son agenda politique, Pékin n’hésite pas à faire entorse à sa doctrine athéiste. En publiant par exemple une liste officielle des « Bouddhas vivants », en janvier dernier. Le Dalaï-lama ne faisait évidemment pas partie des 870 noms publiés par l’Administration d’État pour les affaires religieuses, avec photos et informations à l’appui. D’après les médias d’État chinois, la liste a été établie pour éviter de lutter contre les arnaques de certains moines se faisant passer pour « Bouddhas vivants », afin d’extorquer des dons à des croyants.

Mais Pékin ne s’est pas caché d’avoir établi la liste pour lutter contre l’influence du Dalaï-lama. Le système portera un coup violent au dalaï lama, car il s’est appuyé sur son statut religieux pour désigner des Bouddhas vivants à sa guise — ce qui est à l’encontre de la tradition religieuse — dans le but de « contrôler les monastères tibétains et de diviser le pays », a affirmé Zhu Weiqun, ancien responsable de la section tibétaine du Front uni, dans le quotidien nationaliste Global Times.

Zhu Weiqun est aujourd’hui président du Comité des affaires religieuses et ethniques à la Conférence politique consultative du peuple chinois. En décembre dernier, il avait été accusé de corruption par un chercheur chinois. Il lui reprochait justement d’empocher des sommes d’argent pour reconnaître officiellement des tulku (ou tulkou), les maîtres spirituels réincarnés du bouddhisme tantrique.

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