Culture

La merveille provençale : le Grand Orgue de la basilique Saint-Maximin-la-Sainte-Baume

Connu des organistes du monde entier, le chef-d’œuvre du frère dominicain Jean-Esprit Isnard demeure le remarquable et "intégral témoin" de l’apogée de l’orgue classique français.

Orgue de St Maximin la Sainte Baume - J-E Isnard (c) Wikimedia

Orgue de St Maximin la Sainte Baume - J-E Isnard © Wikimedia

« Merveille d’art provençal, le Grand orgue de la Basilique de Sainte-Marie-Madeleine, à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume du Var, l’est assurément par l’harmonie et l’élégance, l’envol et la puissance de son architecture majestueuse… » C’est par ces mots qui débutent le petit livre du père Arbus (Une merveille d’art provençal, 1955) consacré à cet orgue majestueux. Professeur de droit canon au couvent d’étude dominicain, il fut un ardent défenseur de l’orgue de Saint-Maximin dès les années 1950. Conscient du trésor exceptionnel que représentait cet instrument, il alerta les Monuments Historiques sur son état et fonda un comité pour sa restauration dont il assura secrétariat et direction, jusqu’à sa mort, le 2 juillet 1959.

Mais pourquoi l’orgue de Saint-Maximin est-il si célèbre ? Chef-d’œuvre du frère dominicain Jean-Esprit Isnard, l’orgue de la Basilique Royal, construit de 1772 à 1774, est l’un des très rares grands instruments d’Europe (le 2e en France avec le Clicquot de Poitiers) à avoir conservé l’intégralité de ses tuyaux d’origine. C’est au facteur d’orgue Pierre Chéron, qui a réalisé le relevage complet de l’orgue en 1954, que l’on doit d’abord et essentiellement le sauvetage de Saint-Maximin. Pendant près de 40 ans, il a étudié, soigné et ranimé cet orgue.

Sauvée à la dernière minute des mains des « restaurateurs » modernes

Au moment de sa restauration complète (1986-1991), Pierre Rochas, médecin et spécialiste de l’orgue provençal, raconte que le rapport des « experts » des Monuments Historiques prévoyait une « reconstruction complétante » pour mettre au goût du jour ce rarissime instrument possédant intacte toute sa partie sonore et sa mécanique d’origine ! La mode « néo-classique » du moment avait causé la perte de plusieurs instruments et l’on pense, avec peine, à la refonte des tuyaux du XVIIe siècle de l’orgue d’Auch qui avait soulevé l’indignation au-delà des frontières. Heureusement pour Saint-Maximin, cette décision qui aurait été fatale, finit par être neutralisée.

C’est Yves Cabourdin, facteur d’orgues à Carcès qui fut désigné pour effectuer une restauration complète de l’orgue entre 1986 et 1991. Même si d’importantes réparations et réfactions mécaniques ont été nécessaires, le programme de restauration a respecté les divers éléments dans leur état d’origine. Les claviers de Mader qui avaient été mis en place au XIXe siècle ont été refaits pour retrouver le modèle exact des claviers de l’époque d’Isnard : des touches en ébènes avec des feintes plaquées d’os. Les 2 960 tuyaux d’origine ont, quant à eux, été conservés intégralement.

Par cet orgue, le frère Jean-Esprit Isnard, avec toute sa science et toute son expérience, y a exprimé sa foi intense. Comme le disait le Père Arbus, pas de sermons éloquents mais une prédication par des des sons musicaux et enchanteurs. C’est aujourd’hui Pierre Bardon, organiste titulaire depuis 1961, qui continue, avec la modestie qui le caractérise, de faire sonner cet instrument fascinant, sous le regard attentif des statues du roi David et de sainte Cécile qui décorent le buffet du Grand Orgue.

La renommée de ce splendide instrument est aujourd’hui internationale. Il a échappé aux destructions de la Révolution française, aux transformations et « restaurations » dévastatrices des XIXe et du début du XXe siècle pour arriver jusqu’à nous comme véritable témoin des sonorités de l’orgue classique. Nous finirons par ces mots de l’association des amis de la Basilique qui résument si bien ce que nous ressentons à l’écoute de l’orgue de Saint-Maximin :

« De la musique avant toute chose, celle de l’orgue d’abord, pour la prière du croyant certes, mais aussi pour tous. Si la musique est l’art d’organiser, d’ordonner et d’accorder les sons, quel instrument autre que l’orgue, avec ses milliers de tuyaux où chante l’air, possède une telle variété de timbres : murmures de la flûte, fierté de la trompette, chaleur du cornet, velouté de la clarinette… À l’écoute, le temps est transfiguré. Il n’est plus que le déroulement, d’harmonie, de rythmes, de mélodies qui enlace la conscience, atteint le cœur, l’esprit et l’âme. Comme l’icône ouvre à l’Invisible, cette musique ouvre à l’Inouï : à travers les milliers de voix de l’orgue, quelque chose, ou, je crois, quelqu’un, émerveille et éveille, appelle et rend meilleur. »