Cinéma

3 raisons de voir « Spotlight », ce film-enquête sur des abus sexuels au sein du clergé américain

En course pour les Oscars, il retrace l’enquête journalistique sur le plus grand scandale de pédophilie au sein de l’Église catholique. Un film à voir…

Michael Keaton et Rachel McAdams

Michael Keaton et Rachel McAdams dans "Spotlight" © Kerry Hayes/Open Road Films

1. Parce que c’est un film efficace mais pas racoleur

Presque 40 ans après Les Hommes du président (d’Alan J. Pakula) qui retraçait le travail d’investigation des journalistes du Washington Post sur le scandale du Watergate, le film Spotlight met en scène une autre enquête journalistique : celle de la petite cellule d’investigation du Boston Globe, Spotlight, qui a révélé en 2002 le plus grand scandale pédophile au sein de l’Église catholique. Tom McCarthy réalise ici un cinquième film abouti, rythmé, et pourtant on ne verra aucun coup de feu, aucune scène de sexe et aucune poursuite en voiture dans ce film résolument américain !

Spotlight captive, tout en restant sérieux et réaliste. Deux ans ont été nécessaires pour échafauder un scénario complet. Le réalisateur s’y est totalement investi, sans doute a-t-il pu s’inspirer du rôle qu’il a tenu dans la dernière saison de la série The Wire (Sur écoute), celui d’un journaliste corrompu (!). Il s’est entouré d’excellents acteurs, notamment Michael Keaton, Rachel McAdams et Mark Ruffalo. Le film part favori dans la course aux Oscars (28 février), nommé quatre fois pour le meilleur film, le meilleur réalisateur, la meilleure actrice dans un second rôle (Rachel Mac Adams) et le meilleur acteur dans un second rôle (Mark Ruffalo).

2. Parce que le sujet du film n’est pas celui que vous croyez

Si Spotlight parle du plus grand scandale pédophile au sein du clergé américain, c’est pourtant bien l’investigation qui en est le thème principal. Durant 2 h 08, on suit le travail besogneux de cette petite équipe du Boston Globe menée par Michael Keaton alias Walter « Robby » Robinson, un travail qui sera couronné par le prix Pulitzer. Le film rend ses lettres de noblesse au journalisme d’investigation. Il montre les méthodes, le travail de fourmi, le temps passé à chercher, couper, vérifier l’information sans oublier les effets pervers du métier : ainsi la rédaction de Spotlight se voit-elle dans l’obligation de repousser la sortie de l’affaire avec les attentats du 11 septembre au grand dam des victimes qui pensent qu’on va à nouveau les oublier…

Dans une interview donnée à Télérama, le journaliste Walter Robinson, incarné à l’écran par Michael Keaton, s’étonne d’ailleurs que la manière de travailler des journalistes d’investigation ait pu intéresser Tom McCarthy : « Faire un film avec des gens qui passent des heures derrière leur bureau à lire des documents ou à passer des coups de fil n’est pas très cinématographique ». Eh bien si !

3. Parce que ce scandale de pédophilie bouscule l’Église

L’objet du scandale, les 87 prêtres en mission à Boston coupables d’actes pédophiles sur plus de 1 000 jeunes victimes, est évidemment prégnant. On pense à tous ceux qui doivent vivre avec ce traumatisme et aux prêtres qui les ont abusés, couverts par le cardinal Bernard Law.

Ce scandale de pédophilie au sein du clergé américain, bien réel, accable l’institution Église ; il touche et questionne évidemment le spectateur, qu’il soit croyant ou non, le renvoyant à sa propre relation à la religion, la foi, l’enfance. À l’image du journaliste Michael Rezendes (incarné par l’acteur Marck Ruffalo) qui, au terme de l’enquête, entre dans une église où une chorale d’enfants répète des chants de Noël. Dans le film, une victime explique : « Quand on est catholique, dire non à un prêtre, c’est un peu comme dire non à Dieu… ».

En juin 2015, le pape François a donné son accord pour la création au Vatican d’une instance judiciaire chargée de juger les évêques qui auraient couvert des abus sexuels commis par des prêtres dans leur diocèse. Si la lutte anti-pédophilie au sein de l’Église s’est accrue ces dernières années sous l’impulsion des papes Benoît XVI et François, beaucoup reste encore à faire pour mettre fin à ces abus. Spotlight contribue à alimenter le débat.