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Fraternité en Irak : permettre aux Irakiens de rester eux-mêmes

Georges Malbrunot en conférence à paris pour Fraternité en Irak le 12 janvier 2016 © Francois Regis Salefran / Facebook
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L'association agit dans les domaines de la santé, du social, avec l'aide au relogement et à l'intégration de familles réfugiées au Kurdistan irakien, et de l'éducation, avec le soutien à une école multiconfessionnelle à Kirkouk.

Le 12 janvier 2016, l’association Fraternité en Irak inaugurait le cycle de conférences exceptionnel : « Pour comprendre l’Irak ». Georges Malbrunot, journaliste pour Le Figaro, ex-correspondant à Bagdad, où il a été otage pendant 124 jours en 2004, a donné une première conférence sur le thème : « La place de l’Irak dans la géopolitique du Moyen-Orient ». Étant donné la qualité de la conférence, il est certain que l’initiative de Fraternité en Irak est un trésor d’enrichissement pour les néophytes. Car le but est bien celui-là : faire parvenir ceux que cela intéresse à la compréhension des nombreux problèmes géopolitiques du Moyen-Orient, ayant mené à la palette de massacres auxquels nous assistons aujourd’hui. La difficulté des différentes situations : Daesh, la guerre civile en Syrie, la reconstruction de l’Irak après la chute de Saddam Hussein, mais aussi la multiplicité des communautés concernées (chiite, sunnite, kurde, chrétienne, et autres minorités tribales et religieuses) est telle que la distinction habituellement simple entre les « bons » et les « mauvais » est excessivement compliquée.

Fraternité en Irak est une association humanitaire créée par de jeunes Français en 2011 et a pour but d’aider les minorités du minorité. Un travail important est réalisé pour les chrétiens car ils sont (ou étaient fort nombreux. Alors qu’ils étaient 1,5 million en 2003, ils ne sont plus qu’environ 400 000 en 2016. Mais aussi pour les yézidis, que nous connaissons malheureusement en Occident depuis l’été 2014, ainsi que les Kakaïs ou les Shabaks, plus méconnus des Français. L’association agit dans les domaines de la santé (jusqu’à 600 soins gratuits par jour), du social, avec l’aide au relogement et à l’intégration de familles réfugiées au Kurdistan irakien, et de l’éducation, avec le soutien à une école multiconfessionnelle à Kirkouk.

La terre des deux fleuves de la Genèse…

Georges Malbrunot a particulièrement encouragé l’association sur le domaine de l’éducation multiconfessionnelle. En effet, si ce n’est plus le cas, il fut un temps où l’identité irakienne était source de fierté. Avant le basculement du pays en 1980 avec la déclaration de guerre de Saddam Hussein à Téhéran, l’Irak était un pays moderne, fournissant une éducation gratuite, des prestations de santé excellentes, 11 000 Français y travaillaient, et elle avait même reçu en 1979 le prix Unesco pour le droit des femmes. Souvenirs glaçants d’une époque dorée remplacée par les pleurs et les grincements de dents. L’identité irakienne allait d’ailleurs bien au-delà de cela. Qu’est-ce que l’Irak, sinon la terre du Tigre et de l’Euphrate, les deux fleuves de la Genèse. Qu’est-ce que l’Irak, sinon Ür, la ville d’Abraham, patriarche des trois religions. Ou encore Babylone, dont l’orgueil de sa grandeur a donné naissance à toutes les langues du monde ? Le peuple irakien était le peuple de cette partie de la Terre Sainte, berceau de l’humanité et de la Révélation.

Aujourd’hui cette l’identité nationale n’existe plus. Si en 2003, les Américains avaient parfaitement préparé la guerre, bouclée en quelques semaines, Georges Malbrunot a bien fait comprendre « la faute quasi-criminelle qu’ils ont commit de ne pas préparer l’après-guerre ». Washington en voulant faire fi de l’organisation de la société irakienne, de son armée, de ses services de renseignements, de ses tribus, et de son l’Histoire, a provoqué la naissance des mouvements de résistance, et le réveil du sentiment religieux. Le pouvoir pris par les Kurdes indépendantistes et un groupe de chiites qui avait émigré en Iran en 1979 pour combattre contre son propre camp, engendra une consternation compréhensible du peuple. Après les trahisons des États-Unis vis à vis des tribus les ayant aidé à combattre Al-Qaïda, et celles du leader chiite Nouri Al-Maliki envers la communauté sunnite en 2011-2012, si ce n’est pour évoquer que cela, l’identité nationale s’est effondrée, pour faire place au communautarisme.

Une crise humanitaire et identitaire

Nous voyons bien que le Moyen-Orient vit une crise humanitaire, nécessitant une aide médicale et sociale sans mesures. Mais il s’agit aussi une crise identitaire. C’est pour cette raison que « Fraternité en Irak cherche à permettre aux Irakiens à rester eux-mêmes », selon les mots de l’un des bénévoles lors de la conférence. Il s’agit notamment de permettre aux chrétiens de continuer à aller à l’église, et aux futures générations de cohabiter, grâce à l’école multiconfessionnelle de Kirkouk.

Le 15 février 2016 la conférence : « L’évolution de l’identité chrétienne au Moyen-Orient », sera animée par M. Pierre Perrier, spécialiste de la langue araméenne, et M. Yousif Ephrem Issa, spécialiste de la littérature et de l’Histoire de la Mésopotamie et des Syriaques.

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