Cinéma

« Les Innocentes » : l’histoire vraie de religieuses violées en quête d’espérance

Le 15e film d'Anne Fontaine se penche sur un drame historique : le viol de religieuses polonaises à la fin de la Seconde Guerre mondiale par des soldats russes.

"Les Innocentes" d'Anne Fontaine

"Les Innocentes" d'Anne Fontaine © MANDARIN CINEMA - AEROPLAN FILM - MARS FILMS / ANNA WLOCH

Comme l’explique la réalisatrice, « tout le monde, que l’on soit croyant ou pas, peut être touché par la fragilité de la foi ». En l’occurrence ici la foi mise à l’épreuve de ces religieuses touchées dans leur chair, dans leur choix de vie, leur vocation. Le film s’inspire de faits réels, peu connus, qui se sont déroulés en Pologne en 1945 : le viol de 25 religieuses bénédictines dans un couvent par des soldats soviétiques. Suivi de la naissance d’enfants nés de ces viols… Une tragédie horrible, un drame de guerre universel et malheureusement toujours contemporain, que la réalisatrice a su traiter avec énormément de pudeur, de sobriété, de sensibilité.

« C’est une très belle histoire, très belle sans doute parce qu’elle est terrible mais surtout parce qu’elle est transcendée… » Le mot est lâché. Transcendance. Il y a dans ce film quelque chose d’un ailleurs qui se dévoile, d’une espérance qui jaillit, de la vie qui n’a pas dit son dernier mot… « Je voulais que ce soit beau, qu’il y ait de l’espérance cachée malgré tout… Comme une lumière au bout du tunnel », confie la réalisatrice qui parle même d’un film « solaire ».

Comment la foi de ces religieuses peut-elle résister à cette épreuve ? « Je n’arriverai pas à réconcilier ma foi avec cet événement », déclare une des sœurs dans le film. Et pourtant… Sans nier la gravité des faits, Anne Fontaine a su donner à son film une douceur et une espérance qui font de ce film une pure merveille. Tout concourt à infiltrer cette espérance sous-jacente : 

– la musique originale de Grégoire Hetzel, qui loin d’être invasive, est là pour prendre le relais, avec la petite messe de Rossini au piano, Chopin, Haendel ou encore Max Richter, un compositeur allemand que la réalisatrice affectionne particulièrement ;
– la lumière, magnifique – sous la direction de Caroline Champetier – qui jongle entre références picturales (Georges de La Tour) et photographiques avec une juste distance aux personnages ;
– le décor, un monastère polonais désaffecté où il ne restait que les voûtes et un cimetière dans lequel ont été construits pour le tournage une infirmerie, un réfectoire et une petite chapelle, sobrement meublés ;
– enfin le choix des actrices, de la jeune comédienne Lou de Laâge, toute de grâce et de courage, à qui la réalisatrice offre son premier grand rôle de femme adulte dans la rôle de la jeune interne de la Croix-Rouge française, aux grandes actrices polonaises Agata Buzek et Agata Kulesza…

« Un film thérapeutique pour l’Église »  

Anne Fontaine, qui évoque peu son rapport personnel à la foi, n’est pas partie de rien, entre une mère restauratrice de vitraux, un père organiste et deux tantes religieuses ! Pour son film, elle a fait deux retraites dans un couvent chez des bénédictines (comme dans le film), a été conseillée par une mère abbesse et un prêtre pour la prière, les chants, l’ambiance monastique… Le film a très bien été accueilli au Vatican : « C’est un film thérapeutique pour l’Église », a déclaré Mgr José Rodriguez Carballo, Franciscain proche du pape François et secrétaire de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique.

Ce film, c’est aussi la rencontre entre deux mondes que tout semble opposer : le monde rationaliste de la jeune interne Mathilde Beaulieu, a priori athée, et le monde monastique de ces religieuses. En parallèle à cette découverte, au sein même du couvent, la solidarité va se manifester, les relations évoluer, les personnalités se révéler autour de ces naissances inattendues. « C’est émouvant, exaltant, de voir ces bébés dans un couvent, ces bébés qui incarnent l’espérance et la vie », souligne Anne Fontaine.

Les Innocentes fait partie de la sélection du festival américain du film indépendant de Sundance 2016, créé par Robert Redford. Une belle reconnaissance pour Anne Fontaine et toute l’équipe du film puisque, ces quinze dernières années, seuls des films en langue anglaise ont été sélectionnés là-bas. Et peut-être le début d’une série de prix et de récompenses pour ce film transcendant.