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« Je voudrais donner de bonnes nouvelles mais… »

Pour l’année 2016 des catholiques chinois, le cardinal Joseph Zen Ze-kiun regrette de ne pas pouvoir se montrer plus optimiste que le prophète Jérémie.

« Je voudrais donner de bonnes nouvelles mais… »

Le cardinal Joseph Zen Ze-kiun, évêque émérite de Hong Kong © Jean-Marie Hedinger/Ciric

Connu comme l’adversaire numéro un de « l’Église officielle » chinoise, cette « Église » étroitement contrôlée par le parti, le cardinal Joseph Zen Ze-kiun se montre profondément pessimiste sur la nature des relations entre les catholiques et le gouvernement chinois. Alors que l’année 2015 semblait débuter par la promesse d’un rapprochement entre le Vatican et le Parti, le cardinal fait un bilan gris : « Plus d’un millier de croix ont été retirées du toit des églises. Parfois, les églises elles-mêmes ont été détruites. Plusieurs séminaires ont été fermés. Les étudiants du Séminaire national de Beijing ont été contraints de signer une déclaration de loyauté à l’égard de l’Église indépendante (l’Église officielle, ndlr), promettant de concélébrer avec des évêques illégitimes ».

Les accords Vatican-Chine, entre espoirs et déceptions

Régis Anouilh, directeur de la rédaction d’Église d’Asie, met le doigt sur cette dernière question : « La nomination des évêques et leur légitimité, est le nœud du problème ». En effet, le Parti communiste chinois prétend à un droit de regard sur la nomination des évêques chinois. Il organise son Église « indépendante », qui concurrence l’Église reconnue par Rome, selon une stratégie éprouvée : « diviser pour mieux régner ». « Il n’y a pas de répression frontale de la pratique religieuse », constate M. Anouilh. De fait, les églises sont pleines et « le gouvernement finance même des lieux de cultes » ! Mais se faisant, il s’assure de la loyauté de son clergé. Un prêtre dont l’église a été bâtie avec les deniers de l’État peut devenir du jour au lendemain un ennemi à abattre et voir les ennuis se succéder jusqu’à la prison ! Le Parti donne ainsi un sentiment de toute puissance, maniant carotte et bâton.

La crainte des religions

« Les cadres du parti chinois sont beaucoup de choses mais certainement pas des imbéciles », apprécie Régis Anouilh, qui décrit une stratégie subtile, reposant plus souvent sur la subversion. « Tant qu’un prêtre est cantonné à sa paroisse, il ne risque pas grand-chose. Mais s’il commence à rayonner, les ennuis commencent ! » Le Parti connaît bien l’Histoire de la Chine et se souvient que les grands changements de dynastie, dans l’Empire du Milieu, sont réalisés à l’aide de minorités religieuses. C’est la raison pour laquelle il a si sévèrement réprimé le mouvement des Falun Gong. D’abord toléré, ce mouvement mystique avait fini par toucher un grand nombre de Chinois, et avait organisé des actions pacifiques pour critiquer le gouvernement communiste.

Le Vatican signe-t-il un traité de dupe ?

Connaissant ce contexte de méfiance, le cardinal Joseph Zen Ze-kiun redoute que le Vatican, dans ses pourparlers, ne se lie dans un contrat de dupe avec un gouvernement retors. Il craint notamment que les catholiques chinois ne soient contraints d’accepter comme pasteurs des évêques du Parti, actuellement excommuniés par l’Eglise. Il interroge : « Après le massacre des Saints Innocents, est ce que nos diplomates auraient demandé à Joseph de ployer humblement le genoux devant Hérode ? ». Un avis sévère, nuancé par Régis Anouilh qui rappelle : « Le pape François est un jésuite ! Il accorde une importance toute particulière à la Chine. En refusant tout contact avec le gouvernement chinois, il risquerait d’entretenir l’isolement des catholiques de ce pays ».