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Dieu a-t-Il maudit la France ?

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Mgr Rey
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Neuvaine préparatoire à la fête de l’Immaculée Conception, pour la France, par Monseigneur Dominique Rey.

Du 29 novembre au 7 décembre, La Neuvaine nous invite à prier pour la France avec de grands témoins de la foi chrétienne et nous prépare à la fête de l’Immaculée Conception. 

Cent trente morts. La Mal a déchiré le voile léger de notre quiétude au soir du 13 novembre. Frappant au hasard, assénant ses coups avec hargne et sans motif, il a emporté avec lui des parents enjoués, la fleur de la jeunesse, des anonymes insouciants. Comment imaginer que, sortant dans la froidure de novembre, ces corps pleins de vie nous seraient rendus criblés de balles et d’éclats ? C’est le mystère du Mal, brut et cru, la souffrance et l’impuissance. Naguère bénie de Dieu, terre qui vit naître tant de saints, la France, fille d’une « Europe grand-mère » (François), est un pays meurtri, morose et sclérosé. Dieu a-t-Il maudit la France ?

Le Mal n’est pas une force en soi, un principe qui existerait à côté et indépendamment de Dieu, que Dieu aurait Lui-même engendré et qu’Il susciterait pour châtier arbitrairement ceux qui Lui déplaisent.

« Ne nous laisse pas entrer en tentation mais délivre-nous du Mal. » C’est pourtant un mystère qui nous dépasse et que Jésus Lui-même a placé au cœur de notre prière. « Homicide dès l’origine, menteur et père du mensonge » (Jn 8, 44), le Mal désigne l’ange qui s’oppose à Dieu et cherche à empêcher son dessein bienfaisant. Cette séparation du Bien, volontaire ou passive, voulue ou subie, apparaissait en creux dans l’interpellation de saint Jean Paul II au Bourget : « France, Fille aînée de l’Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? ». Ignorer ou renier son baptême, c’est laisser croître le Mal qui, dans notre Histoire tourmentée, nous a arraché tant et tant de larmes.

image-2648« Pleurez avec ceux qui sont dans les pleurs » (Rom 12, 15). Saint Paul désigne la compassion comme un devoir nécessaire. D’abord, elle permet de s’extraire de soi-même et de sa propre indifférence. Ensuite, elle offre un retour en soi-même, un recueillement qui fait naître la prière. Prier est la première attitude qui nous fait réagir. Prier pour soi, et pour les autres. Implorer Dieu. Pour les victimes, pour les bourreaux.

Témoigner, ensuite. Beaucoup de Français ont pavoisé avec les couleurs nationales pour montrer qu’ils espèrent toujours dans la France. À nous, chrétiens, de vivre joyeusement notre foi au grand jour, d’afficher les couleurs belles et audacieuses de notre amour en Dieu et du Dieu qui est Amour.

User de la raison, enfin. Les drames et les tourments, la société qui craque, les familles qui se lézardent, la cohésion qui se fissure, la vie qui est rabotée, les pauvres qui meurent de ne pas être des hommes pour leurs semblables, des « fous de Dieu » qui font du Créateur un jouet entre leurs mains souillées de sang… Les raisons de s’interroger sont nombreuses et pressantes. Notre expérience religieuse doit rester connectée avec la raison. C’est bien la Vérité du christianisme de professer le Logos fait homme, la Sagesse incarnée.

La France serait-elle moribonde, frappée au cœur, ensevelie dans une terre stérile ? De ce sol, jadis lieu d’une immense forêt, peut surgir un jeune figuier si la foi irrigue à nouveau la patrie – la terre de nos pères.

Dans les épreuves que nous affrontons, l’année de la Miséricorde voulue par le pape François trouve un écho particulier. Citant saint Thomas d’Aquin, François nous rappelle que « la Miséricorde n’est pas un signe de faiblesse, mais bien l’expression de la toute-puissance de Dieu ». « Fermes dans la foi », nous implorons sur la France cette toute-puissance. Plus que le fatras des armes et le bruit des discours, la Miséricorde peut vaincre tous nos adversaires en les touchant au cœur.

Chrétiens, nous sommes la France, car la France est à l’Amour miséricordieux du Père.

Monseigneur Dominique Rey

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