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Récit d’un vendredi 13 que la France n’oubliera jamais

© LOIC VENANCE / AFP
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Les terroristes ont visé une certaine idée, mondialement connue et appréciée, de la vie parisienne.

Le bilan provisoire du procureur de la République de Paris, François Mollins, est venu éclairer samedi vers 19 h d’un jour glauque, froid et triste, la vague d’attentats terroristes qui a plongé la France dans la stupéfaction, l’effroi et l’horreur, vendredi 13 novembre au soir : 129 personnes ont succombé dans la virée barbare d’un nombre encore indéterminé de terroristes et 352 blessés ont été hospitalisés, dont 99 en « urgence absolue ». Aleteia vous tiendra informé d’heure en heure.

Un match de football entre copains d’aujourd’hui et ennemis d’hier, des bars populaires, des restaurants prisés des habitués du quartier, une salle de concerts, des terrasses branchées… Les terroristes ont visé une certaine idée, mondialement connue et appréciée, de la vie parisienne.

  • Vendredi 13 novembre, 21 h 13

Première déflagration aux abords immédiats du Stade de France (Saint-Denis). Le match amical France-Allemagne est en cours, disputé devant une enceinte comble. Deux autres explosions se feront entendre au cours des 30 minutes qui suivent : rue Jules-Rimet (à 21 h 30), puis devant un McDonald’s de la Plaine-Saint-Denis (à 21 h 53). Bilan : quatre morts dont les trois kamikazes. François Hollande, qui assistait à la rencontre, est exfiltré.

  • 21 h 25

Une deuxième escouade de terroristes vide les chargeurs de ses fusils d’assaut de type Kalashnikov sur les vitrines et les terrasses de deux restaurants très fréquentés du Xe arrondissement de Paris : le Carillon et le Petit Cambodge, à l’angle des rues Bichat et Alibert. Le bilan dépasse déjà dans l’horreur le drame de janvier dernier à Charlie Hebdo : 15 morts. La Seat Leon des assassins repart en trombe.

  • 21 h 32

XIe arrondissement, rue de la Fontaine-au-Roi, à un jet de pierre de la place de la République, la pizzeria « Casa Nostra » et le bar « À la bonne bière » sont pris pour cible. Cinq personnes sont tuées. Deux jeunes femmes sont abattues froidement dans la rue par les occupants de la Seat noire qui poursuit sa route.

  • 21 h 36

Rue de Charonne dans le même arrondissement, la voiture des terroristes s’arrête devant le restaurant « La Belle Équipe » : 19 personnes sont tuées. La Seat Leon sera retrouvée dimanche 15 novembre matin par les forces de l’ordre avec trois fusils d’assaut à bord à Montreuil en Seine-Saint-Denis (93).

  • 21h40

On déplore 15 blessés dans l’explosion de la ceinture d’explosif au « Comptoir Voltaire », boulevard Voltaire dans le même quartier. Le kamikaze s’est fait sauter en passant la commande.

Au même instant, une Polo noire s’arrête devant le Bataclan. Plusieurs hommes font irruption dans la salle de spectacle au moment où s’achève une chanson des Eagles of Death Metal, un groupe de rock californien qui s’y produit. Ils ouvrent un feu nourri et signent leur crime en proférant « Allah Akbar » : 1 500 spectateurs sont retenus en otages.

Le carnage dure deux heures, l’un des assaillants abat méthodiquement les gens à terre selon les premiers témoignages. Les spectateurs qui parviennent à s’enfuir courent en désordre dans les rues, ensanglantés, et tentent de se réfugier où ils le peuvent dans un quartier claquemuré.

  • 22 h
Un policier de la BAC parisienne (brigade anticriminalité) pénètre dans le Bataclan. Il tire sur un terroriste dont la ceinture d’explosifs se déclenche. Un quart d’heure plus tard, les hommes de la BRI (brigade de recherche et d’intervention) pénètrent à leur tour dans le bâtiment. Constant l’ampleur du carnage, ils progressent au milieu des corps sans vie ou grièvement blessés, libèrent les survivants, dissimulés partout où ils ont pu. Ils parviennent à l’étage où se sont retranchés les assaillants. Une négociation s’instaure.
  • 22 h 30

Le président de la République s’entretient avec le ministre de l’Intérieur, place Bauveau. Le parquet antiterroriste se saisit de l’enquête.

  • 22 h 43

Le plan d’urgence et de crise est déclenché dans les hôpitaux de Paris. Les centres de prélèvement sanguin vont peu à peu se remplir de donneurs se portant spontanément volontaires pour étoffer les stocks. La majeure partie des 352 blessés est répartie par le Samu sur les 17 services d’urgence de Paris et de sa région, un numéro inscrit sur le front pour toute identité. Les 99 blessés en « urgence absolue » seront dirigés vers les « trauma centers », seuls capables de soigner les polytraumatisés : Lariboisière, Beaujon, Bichat, La Pitié-Salpêtrière ou Pompidou.

Les plaies par balles de calibre 7,62 ont occasionné d’effroyables blessures de guerre. Certaines victimes, blessées dans les attentats à la ceinture d’explosifs remplies de clous et de boulons au stade de France, sont criblées d’impacts. Des psychiatres ont pris en charge le stress post-traumatique des rescapés directement aux abords du Bataclan. Ils ont prolongé leurs consultations samedi.

  • Samedi 14 novembre 00 h 01

Le chef de l’État annonce l’instauration de l’état d’urgence sur tout le territoire à la télévision (inédit depuis 1961, en pleine guerre d’Algérie). Créé par une loi de 1955, il accorde pour une durée de 12 jours des droits spécifiques aux préfets : interdiction de la circulation, fermetures de salles accueillant du public, perquisitions à toute heure, contrôle des médias ; ainsi qu’au ministre de l’Intérieur : assignations à résidence.

  • 00 h 15

Réunion d’un Conseil des ministres exceptionnel à l’Élysée.

  • 00 h 20

Comme à l’Hyper Cacher en janvier, l’assaut est donné au Bataclan par la BRI et le RAID. Les deux derniers preneurs d’otages perdent la vie, le premier encaisse les balles de la police et se fait exploser tuant le second sur le coup. François Hollande se rend sur place avec le Premier ministre et les ministres de l’Intérieur et de la Justice ; 89 personnes sont retrouvées mortes.

  • 10 h 50

Le chef de l’État désigne comme responsable « l’armée terroriste » de l’organisation État islamique, « Daesh ». Un deuil national de trois jours sera proclamé par décret.

  • 11 h 40

Daesh revendique les attentats.

Sept des huit terroristes, probablement répartis en trois équipes coordonnées, sont morts. Leurs identités se dévoilent peu à peu, cinq d’entre eux sont désormais connus des enquêteurs. Un passeport syrien a été retrouvé à proximité d’un des kamikazes de Saint-Denis. Son détenteur, Ahmad Al-Mohammad, né le 10 septembre 1990 à Idlib, en Syrie, serait entré le 7 octobre en Serbie où il a demandé l’asile. L’authenticité de son passeport n’a pas été confirmée.

Le premier des assaillant du Bataclan identifié serait Omar Ismaïl Mostefaï, un Français né à Courcouronnes dans l’Essonne, fiché S depuis 2010 pour radicalisation. Il aurait séjourné en Syrie, transité par la Turquie. Le Fichier des signalés pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT) abrite, selon les informations du Figaro, les noms de près de 11 400 personnes radicalisées, susceptibles pour certaines de basculer dans l’action violente.

Le second serait Samy Amimour, 27 ans, Français né à Paris, originaire de Drancy. Son père avait tenté en vain de le ramener à la raison en décembre 2014 en partant à sa rencontre directement en Syrie, non loin d’Alep.

Des dizaines de perquisitions, plus de 23 arrestations ont eu lieu. Trois hommes, inconnus des services français, ont été interpellés en Belgique.

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