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Mariage, bénédiction, « il y a confusion entre les deux termes »

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Après la décision par l'Église protestante unie de France de bénir les couples de personnes de même sexe, le débat devient œcuménique. Le point avec Xavier Lacroix, professeur de philosophie et de théologie morale.

Le dimanche 17 mai, le vote par le synode de l’Église protestante unie de France de l’autorisation donnée aux pasteurs pour la bénédiction des couples homosexuels a suscité une vive critique de la part du Conseil national des évangéliques de France, qui a dénoncé une décision "consternante". Dans un communiqué, cet organisme évangélique a estimé que le vote de l’Église protestante unie de France, une structure regroupant luthériens et calvinistes, "marquera de façon négative les relations qu’elle entretient avec les protestants évangéliques et compliquera aussi les relations avec les autres Églises".

L’Église catholique, elle, a réagi par la voix de l’archevêque de Montpellier, Mgr Pierre-Marie Carré, qui a assisté à ce synode. Il a rappelé que pour l’Église catholique, "le mariage est un sacrement, c’est-à-dire un signe de Dieu et non une parole humaine qui vient s’appliquer sur une réalité". "Dans son histoire, l’Église a toujours voulu éviter toute ambiguïté entre le mariage et ce qui pourrait y ressembler, a précisé Mgr Carré. C’est pourquoi elle ne pratique pas de bénédiction des couples homosexuels."

Cyprien Viet, de Radio Vatican, a interrogé Xavier Lacroix, professeur de philosophie et de théologie morale à la faculté de théologie de l’Université catholique de Lyon, et membre du Comité consultatif national d’éthique. Il insiste sur l’importance de la dimension sacramentelle du mariage catholique, qui correspond à la représentation biblique de l’altérité homme-femme. Il s’inquiète de voir les protestants des Églises historiques, fondées sur une lecture attentive de la Bible par les fidèles, s’écarter paradoxalement de leur ancrage biblique pour se conformer à une certaine pensée dominante : "Je crains que pour les protestants eux-mêmes, cette bénédiction ne soit confondue avec une sorte de mariage à l’église, soulève le spécialiste. Pour les protestants, le mariage est avant tout civil, ouvert donc maintenant [en France] au mariage dit "pour tous". J’ai peur que la bénédiction des couples homosexuels soit comprise comme un mariage religieux par les protestants". Contrairement aux catholiques pour qui le mariage est avant tout un acte religieux et sacramentel, "pour les protestants, le mariage n’est pas un sacrement, mais seulement une bénédiction".

Bénédiction nuptiale ou cérémonie religieuse ?

Face aux demandes de plus en plus nombreuses de simples bénédictions et non de célébrations eucharistiques, "les directives dans l’Église sont simples, explique Xavier Lacroix. Toute demande de bénédiction peut être accueillie dans la mesure où il s’agit de la bénédiction d’un individu. (…) L’Église, en revanche, s’oppose à toute bénédiction qui pourrait être confondue avec un sacrement de mariage. Pour beaucoup, se rendre à une bénédiction nuptiale, revient au même que d’aller à un mariage religieux ; il y a confusion entre les deux termes". 

Une décision fort peu œcuménique

"Beaucoup de protestants, notamment les évangéliques, sont opposés à la bénédiction des couples homosexuels, explique Xavier Lacroix. Ils y sont même fermement opposés et sont stupéfaits de cette décision. Les évangéliques sont en forte croissance actuellement sur notre territoire et ils sont largement aussi nombreux que les membres de l’Église protestante dite unie, regroupant les calvinistes et les luthériens." 

"Cette décision est fort peu œcuménique puisque les protestants savent très bien que les catholiques et les évangéliques sont opposés à de telles bénédictions, regrette le théologien. (…) Les calvinistes sont très rationalistes contrairement à ce que l’on pourrait croire. Ils sont très alignés sur les catégories de pensée de la culture actuelle. L’un des paradoxes actuels est que la Sola scriptura, qui est l’un des mots-clés de Luther et des protestants, et la Bible elle-même condamnent sévèrement l’homosexualité, en disant que c’est une abomination ! Ils relativisent cet interdit, en disant que cela dépend de la culture, des moeurs, de l’époque."

Ne pas confondre "homosexuel" et "gay"

Au sujet du synode, "je pense que celui-ci va maintenir les positions des catholiques sur ce point, notamment en distinguant la notion d’"homosexuels" qui est une notion très vague, récente – le terme apparaît à la fin du XIXe siècle seulement –, et celle de "gays" qui est un terme également récent et militant. Je pense qu’être homosexuel n’est pas être gay". Contrairement à ce que l’on pourrait croire, "peu de gens sont concernés par l’homosexualité, entre 1 et 4%. Et tous ne sont pas gays, au sens de militants désirant un changement de l’institution. Dès que l’on parle de couple homosexuel, à mon avis, nous avons déjà perdu la partie en divisant les couples en deux catégories : les "hétéros" d’un côté, les "homos" de l’autre". En offrant les mêmes droits aux couples homosexuels qu’aux hétérosexuels, "nous fondons une égalité artificielle".

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