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Irak : « Sentez-vous le poids de ce qui s’est passé ? »

Fraternité en Irak
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Jeanne Pauthe, volontaire pour Fraternité en Irak, décrit à Aleteia sa mission à Alqosh aux côtés de réfugiés fuyant l’État islamique.

Qu’est-ce qui amène une enseignante de 23 ans à passer ses fêtes de Noël en Irak, à une quinzaine de kilomètres de la zone de front ?
Jeanne Pauthe :
J’ai connu l’association Fraternité en Irak par des amis. Elle répondait à une envie de m’engager en tant que chrétienne. J’ai découvert qu’il y avait de la part des chrétiens d’Irak une grande attente : ils espèrent que nous prions pour eux et que nous pourrons les aider dans la mesure de nos moyens. Passer les fêtes de Noël avec eux, un moment d’habitude réservé aux retrouvailles familiales, est une manière de leur montrer qu’ils ont du prix à nos yeux. À cette occasion, il était aussi important de rencontrer les communautés yézidies, elles aussi extrêmement fragilisées depuis l’offensive de l’organisation État islamique en juin dernier. Chrétiens et yézidis s’entraident d’ailleurs dans l’épreuve.

Avez-vous une idée de la situation militaire sur place ?
JP :
Dans la petite ville chrétienne d’Alqosh, qui comptait 1 200 familles avant l’arrivée de Daesh en Irak, le monastère fait tout son possible pour accueillir les chrétiens et les yézidis qui fuient la zone contrôlée par les djihadistes. Cet été, la ville a failli être occupée quand Daesh s’est emparé de la plaine de Ninive. Elle a même été brièvement évacuée. Ne restaient sur place que quelques hommes en armes prêts à combattre. Mais finalement, les djihadistes ont été stoppés avant. À présent, la ville est défendue par les peshmergas kurdes. Au moins un tiers de ses habitants l’a quittée, de peur que la ligne de front toute proche ne finisse par sauter, mais de nombreuses familles de réfugiés sont arrivées depuis la plaine. Les dix moines d’Alqosh font leur possible pour les aider.

Les moyens pour accueillir les réfugiés sur place sont-ils suffisants ? 
JP :
Plus personne ne dort sous la tente à Alqosh : la plupart des familles sont logées dans l’école ou dans des maisons mises à leur disposition dans le village ou aux alentours. On y trouve tous les âges, du bébé de quelques jours au grand-père. Les dix moines se démènent pour toutes ces personnes, mais ils ont besoin de soutien car leurs moyens sont limités. Ils sont très aimés et respectés, tant par les chrétiens que par les Kurdes et les yézidis.

Quel est l’état d’esprit des réfugiés ? Espèrent-ils revenir ?
JP :
Oui, ceux qui sont à Alqosh n’envisagent pas d’abandonner leurs terres. Ils nous ont très bien accueillis, avec un mélange de grand amour et de tristesse. L’une des mères de famille que j’ai rencontrée m’a demandé : « Vous, les chrétiens d’Occident, sentez-vous le poids de ce qui s’est passé ? ». Ils ont l’impression d’être seuls, oubliés. Les souffrances des yézidis en particulier sont terribles. Dans certaines familles, les parents ou les sœurs ont disparu, sans doute réduits en esclavage. Un jeune homme qui a voulu revenir voir sa ville de Sinjar, après les combats du mois de décembre qui ont permis de libérer une partie de la ville, est revenu anéanti par l’ampleur des destructions. Devant de telles catastrophes, nos actions comme celle des 200 « paniers », avec des biens alimentaires de première nécessité distribués aux familles dans le besoin, peuvent sembler dérisoires mais elles sont indispensables.

Pour plus d’informations sur l’association Fraternité en Irak : fraternite-en-irak.org

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