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Economie : « Le pape François est tout sauf marxiste »

© Andreas SOLARO / AFP
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Pour Oskari Juurikkala, économiste lauréat du prix Novak 2014, les adeptes du libre échange n’ont rien à craindre du discours du Saint-Père et devraient même s’en inspirer.

Identifier de manière précise le message du pape François sur l’économie et en déceler la pertinence pour les laudateurs de la liberté économique. Tel est l’objectif du professeur finlandais Oskari Juurikkala, avec son projet de recherche présenté dans le cadre du Prix Novak, décerné chaque année par l’Acton Institute pour l’étude de la religion et de la liberté, aux jeunes professeurs qui se sont déjà démarqués dans les domaines de la théologie et de la liberté économique.

L’exhortation apostolique Evangelii Gaudium ayant donné lieu à pléthore d’interprétations critiques sur les conceptions politiques et économiques du Pape (les adeptes du libre échange y ayant principalement vu une erreur d’appréciation sur les bienfaits de l’économie de marché), Oskari Juurikkala a ressenti la nécessité de s’interroger sur ce qu’a réellement dit François, et sur ce que l’on peut en tirer pour le débat mondial entourant la liberté économique et le rôle de l’État. Sans pour autant affirmer que le pape François est personnellement favorable aux idées libérales, l’auteur avance que les convictions morales de celui-ci peuvent sans peine être adaptées aux principes économiques du libre échange.

Un discours « tout sauf marxiste »

« Le Pape est tout sauf marxiste », annonce d’emblée Oskari Juurikkala, qui regrette que le discours du Souverain pontife soit souvent injustement étiqueté à gauche.  Si le pape François se fait, comme son nom l’indique, « presque le prophète » de la pauvreté chrétienne, de la dimension sociale et charitable de toute chose, son exhortation n’en mentionne pas moins la valeur de la propriété privée, et la « noble vocation » de l’entreprenariat(1).  Ce dernier s’est du reste officiellement opposé dans son document à toute forme de paupérisme et s’est défendu de vouloir prendre position sur des questions économiques qui ne relèvent pas de sa compétence, ou de favoriser tel courant politique par rapport à un autre, affirmant être « loin de proposer un populisme irresponsable »(2).

À cet égard, il faut relire cette déclaration de Jorge Bergoglio datant de 2001 dans Hambre y sed de justicia : « Il y a des Argentins qui affrontent la pauvreté et l’exclusion, et nous devons les traiter comme des sujets, des acteurs de leur propre destinée, non pas comme les bénéficiaires méprisés d’une allocation chômage émanant de l’État ou de la société civile ».
 
Comme le fait encore remarquer le chercheur, c’est avant tout sur la dimension morale personnelle que se focalise le Pape, au-delà de tout débat politique. Il ne prône en somme que l’esprit de l’Évangile, qui suppose nécessairement le détachement matériel et la pauvreté de l’esprit. De même, lorsqu’il dénonce le fait qu’une chûte de deux points de la bourse nous émeut davantage qu’une vieille femme qui meurt dans la rue – sortie qui connut à l’époque un large écho – ce n’est pas la bourse en elle-même qu’il dénonce, mais bien « la tendance à y diriger notre attention d’une manière telle qu’elle devient une nouvelle idole », souligne Juurikkala, qui précise en outre que le Saint-Père ne prononce jamais les mots « capitalisme » ou « intervention de l’État ».  
 
Le jeune professeur considère que les sciences économiques ne sont pas éloignées du christianisme, rappelant que d’aucuns attribuent aux théologiens de Salamanque les premiers principes de l’analyse économique scientifique. Et c’est en ce sens qu’il met à son tour en garde le lecteur contre le danger de croire au relativisme moral dans la sphère économique, excluant ainsi ses composantes fondamentales, à savoir la charité, la pauvreté et le détachement.

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