Aleteia

« Je suis Jorge Mario Bergoglio, prêtre. J’aime être prêtre »

© DR
Partager
Commenter

Confidences et anecdotes pour connaître le pape François.

Son premier travail, sa vocation, ses joies, ses peines, le drame de l’avortement, l’éducation sexuelle, le divorce… et bien entendu la Nouvelle évangélisation, racontés par le cardinal Jose Mario Bergoglio,  en 2010, où le futur pape François parle aussi des passions qui ont jalonné sa vie : Tango, foot, cuisine… 
 
Ci-dessous quelques extraits du livre d’entretiens « El Jesuita conversaciones con el cardenal Bergoglio,s.j », de Sergio Rubín et Francesca Ambrogetti, sur la vie, l’expérience et les convictions  du pape François.


TRAVAIL
« Je remercie infiniment mon père de m’avoir envoyé travailler. C’est une des choses qui m’ont fait le plus de bien dans la vie, mais surtout, au laboratoire j’ai appris le bien et le mal de chaque devoir humain (…). J’ai eu un chef extraordinaire, Esther Balestrino de Careaga, une paraguayenne sympathisante du communisme qui, des années plus tard, sous la dernière dictature, subira l’enlèvement d’une fille et d’un gendre, avant d’être violée (…) puis assassinée. Elle est enterrée à l’église de Santa Cruz. Je l’aimais beaucoup (…). Elle m’a appris à travailler sérieusement Je dois vraiment beaucoup à cette femme ».

VOCATION

A l’âge de 17 ans environ, un 21 septembre (le jour de la fête des étudiants en Argentine), il se préparait pour aller faire la fête avec ses camarades, mais décida de commencer sa journée en passant d’abord à sa paroisse. Une fois arrivé là-bas, il tomba sur un prêtre qu’il ne connaissait pas mais lui transmit sa profondeur spirituelle.  Il décida alors de se confesser avec lui. « Durant la confession il se passa quelque chose de rare, je ne sais pas ce que c’était, mais cela a changé ma vie ; je dirais avoir été pris par surprise ». Plus d’un demi siècle plus tard, voici l’interprétation qu’il fait de cet épisode : «  Ce fut la surprise, la stupeur d’une rencontre ; je me rendais compte que l’on m’attendait. C’est ça l’expérience religieuse : la stupeur de rencontrer quelqu’un qui t’attend. A partir de ce moment-là, pour moi Dieu est celui qui anticipe tout. Tu le cherches, mais  c’est Lui qui te cherche le premier. On veut le rencontrer, mais c’est Lui qui nous trouve le premier ». « Je l’ai d’abord dit à mon père qui était favorable, mais la réaction de ma mère fut différente. Pour dire la vérité, elle ne l’a pas très bien pris ».


NOUVELLE EVANGELISATION

 « L’Eglise, qui vient d’une époque où le modèle culturel lui était favorable, s’est habituée au fait que ses instances étaient offertes et ouvertes à quiconque venait à elle, ou la cherchait. C’est comme ça que cela fonctionnait dans une communauté évangélisée, mais dans la situation actuelle, l’Eglise a besoin de transformer ses structures, de changer de style, de faire en sorte que celles-ci prennent une direction plus missionnaire. On ne peut continuer ce style ‘clientéliste’,  attendre patiemment qu’arrive ‘le client’, le fidèle ; nous devons avoir des structures  pour aller là où l’on a besoin de nous, là où se trouvent les gens, vers celui qui aimerait bien, mais ne s’approche pas de structures et de formes caduques qui ne répondent pas à ses attentes et à sa sensibilité. Nous devons avoir un regard constructif, voir comment  nous sommes présents dans les milieux de la société, et faire en sorte que paroisses et  institutions soient des instances qui poussent vers ces milieux. Revoir la vie intérieure de l’Eglise pour aller vers le peuple des fidèles de Dieu. La conversion pastorale nous appelle à passer d’une Eglise ‘régulatrice de la foi’  à une Eglise qui transmet et favorise la foi' ».



DIVORCES DANS L’EGLISE

- Que diriez-vous aux divorcés qui ont une nouvelle union?
-« D’intégrer la communauté paroissiale, d’y travailler car dans une paroisse il y a des choses qu’ils peuvent faire. Je leur dirais de faire partie de la communauté spirituelle, comme cela est conseillé dans les documents pontificaux et par le Magistère de l’Eglise. Le pape a dit que l’Eglise les accompagne dans cette situation. C’est sûr, certains soufrent de ne pas pouvoir recevoir la Communion. Ce qu’il faut dans ces cas-là c’est bien expliquer les choses.  Il y a des cas où cela s’avère compliqué. Il faut une explication théologique que certains prêtres exposent très bien et que les gens comprennent ».


AVORTEMENT ET DROITS DE LA FEMME

- « Pour moi, la lutte contre l’avortement  entre dans le cadre de la lutte en faveur de la vie dès sa conception. Cela inclut les soins de la mère durant sa grossesse, l’existence de lois qui protègent la femme après son accouchement, la nécessité de garantir aux enfants une alimentation adéquate et une couverture sanitaire pendant toute la vie, le soin de nos personnes âgées et le non recours à l’euthanasie. Car on ne doit pas non plus « sub-tuer » avec une alimentation insuffisante ou une éducation absente ou déficitaire, priver de choses qui permettent de vivre pleinement. S’il y a une conception à respecter, il y a une vie à soigner » .
– Beaucoup affirment que l’opposition à l’avortement est une question religieuse. « La femme enceinte ne porte par en elle une brosse à dents, ni une tumeur. La science enseigne que dès le moment de sa conception le nouvel être possède tout son code génétique. C’est impressionnant. Ce n’est donc pas une question religieuse, mais une question clairement morale avec des bases scientifiques, car nous sommes en présence d’un être humain.»
– Le jugement moral de la femme qui avorte est-il le même que celui de la personne qui effectue l’avortement ?

– « Je ne parlerais pas de jugement, ce que j’éprouve moi c’est beaucoup plus de la compassion, dans le sens biblique du terme, c’est-à-dire ‘com – pâtir’ et accompagner une femme qui avorte sous je ne sais quelle pression de professionnels – ou non professionnels – qui agissent pour de l’argent et avec une froideur unique. […] Cette froideur va totalement à l’opposé des problèmes de conscience, des remords que beaucoup de femmes qui ont avorté éprouvent après quelques années. Il faut être dans le confessionnal et écouter ces drames, car elles savent qu’elles ont tué leur enfant ».


EDUCATION SEXUELLE

 «L’Eglise n’est pas contre l’éducation sexuelle, Personnellement, je crois qu’il doit y en avoir durant toute la phase de croissance des enfants, adaptée à chaque étape. En réalité l’Eglise a toujours donné une éducation sexuelle, même si j’admets qu’elle ne l’a pas toujours fait de manière adéquate. Ce qui se passe c’est qu’actuellement un grand nombre de ceux qui agitent les drapeaux de l’éducation sexuelle la conçoivent comme séparée de la personne humaine. Au lieu de compter sur une loi pour l’éducation sexuelle, pour que la personne soit totale, pleine, pour l’amour, on tombe alors dans une loi pour la génitalité. Et notre objection est là. Nous ne voulons pas que la personne humaine soit dégradée. C’est tout ».


CUISINE

–  Aujourd’hui vous cuisinez ?

– Non, je n’ai pas le temps, mais quand je vivais au collège Máximo de San Miguel, le dimanche il n’y avait pas de cuisinière et c’est moi qui cuisinais pour les étudiants.

– Et vous cuisinez bien ?

– Je n’ai jamais tué personne…


VOLEE DE QUESTIONS ET REPONSES 

– Comment vous présenteriez-vous à ceux qui ne vous connaissent pas ?

– Je m’appelle Jorge Bergoglio, prêtre. J’aime être prêtre.

– Un lieu dans le monde ?

– Buenos Aires.

– Une personne ?

– Ma grand-mère.

– Comment préférez-vous vous informer ?

– En lisant les journaux. En allumant la radio pour écouter de la musique classique.

– Vous prenez beaucoup le métro. C’est votre moyen de transport préféré?

– Je le prends presque  toujours à cause de sa rapidité, mais j’aime davantage le bus, parce que je vois la route qu’on fait.

– Avez-vous eu une fiancée ?

– Oui. Elle faisait partie du groupe d’amis avec qui j’allais danser.

– Pourquoi ça s’est fini ?

– J’ai découvert la vocation religieuse.

– Y a-t-il quelqu'un dans votre famille qui est entré dans la vie religieuse ?

– Oui, le fils de ma sœur Marta. C’est un prêtre jésuite comme moi.

– Vous avez des passions ?

– Enfant je collectionnais des timbres. Maintenant lire, j’aime beaucoup ça, et écouter de la musique.

– Une œuvre littéraire ?

– J’adore la poésie d’Hölderlin. J’aime aussi beaucoup de livres de la littérature italienne. J’ai dû lire I promessi sposi quatre fois, et autant de fois La Divina Commedia. J’aime aussi Dostoïevski et Marechal.

– Et Jorge Luis Borges?  Vous l’avez connu.
– Bien sûr. Borges avait par ailleurs le génie de parler pratiquement de tout sans se vanter.

– Borges était un agnostique

– Un agnostique qui récitait tous les soirs le Notre Père, parce qu’il l’avait promis à sa mère, et qui est mort avec une assistance religieuse.
– Une composition musicale ?

– Parmi celles que j’apprécie le plus il y a l'ouverture Leonore III de Beethoven, dirigée par  Wilhelm Furtwängler. Pour moi, c’est le meilleur directeur de certaines de ses symphonies et des œuvres de Wagner.

– Vous aimez le tango?

– Enormément. C’est quelque chose qui sort de moi. Je pense connaître assez ses deux catégories.

– Vous savez le danser ?

–  Oui. Je le dansais quand j’étais jeune, bien que je préfère la milonga.

– Quel est votre sport préféré ?

– Jeune, je pratiquais le basket, mais j’aimais aller au stade pour voir les matches de foot. Toute ma famille, y compris ma mère, allait voir jouer l’équipe San Lorenzo, notre équipe de cœur: mes parents étaient d’Almagro, le quartier de cette équipe.


NOMINATION

- [Après une conversation, le nonce] «  me dit : ‘Ah… une dernière chose… vous avez été nommé évêque auxiliaire de Buenos Aires et la nomination sera rendue publique le 20…'.  Il me l’a dit comme ça ! »
– Et quelle a été votre réaction ?

- « Je me suis bloqué. Comme je viens de vous dire, après un coup, beau ou mauvais, je me bloque toujours ».

- Dites-nous au moins ce que vous avez ressenti quand vous avez vu votre nom parmi les grands favoris au pontificat … [pour le conclave de 2005].

- Pudeur, honte. Je pensais que les journalistes étaient fous.


DOULEUR ET RESSENTIMENT 

« La douleur est un champ ouvert. Le ressentiment est comme une maison habitée par beaucoup de gens entassés, qui ne voient pas le ciel. La douleur, au contraire, c'est comme une ville où il y a foule, mais où l’on voit le ciel. Autrement dit la douleur est ouverte à la prière, à la tendresse, à la compagnie d’un ami, à mille choses qui donnent de la dignité à la personne. La douleur est une situation plus saine. C’est ce que me dit mon expérience ».

Newsletter
Recevez Aleteia chaque jour. Abonnez-vous
Aleteia vous offre cet espace pour commenter ses articles. Cet espace doit toujours demeurer en cohérence avec les valeurs d’Aleteia. Notre témoignage de chrétiens portera d’autant mieux que notre expression sera empreinte de bienveillance et de charité.
[Voir la Charte des commentaires]